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Laveurs de pieds, un nouveau métier au grand marché de Kinshasa

Le marché central de Kinshasa est fermé depuis près d’une année. Pourtant, les rues qui l’entourent sont désormais au centre d’un nouveau business. Étant donné qu’il y a des inondations à chaque pluie, les passants marchent malgré eux dans la boue. Ce calvaire a créé une opportunité d’affaires : le lavage des pieds de ceux qui se salissent dans l’eau boueuse.

Chaque fin d’année, le marché central fait le plein. Même fermé, ce premier centre de négoce n’a pas dérogé à la règle pour les festivités de fin 2021. Aux côtés des vendeurs et d’acheteurs venus de toute part, un corps de métier a émergé : les laveurs des pieds. Ces jeunes gens, des garçons pour la plupart, se sont fait une renommée.

Nathan, 21 ans, est l’un d’eux. Alors qu’il a plu la veille, le jeune homme est tout souriant quand je le rencontre la matinée du 30 décembre à son poste de travail. Il a avec lui un seau, une bassine et des savons. Curieux, je l’aborde pour en savoir plus sur son travail. « Toutes les avenues sont inondées, ce sont des véritables lacs qui se sont formés et avec l’affluence de cette fin d’année, tout le monde est obligé de marcher dans l’eau. Après les courses, personne ne voudra rentrer sale chez lui », explique-t-il.

Porteur de solutions mais exposé aux microbes

Le jeune homme se décrit comme un « porteur de solutions ». Quelques minutes plus tard, des clients s’approchent et le travail de Nathan peut commencer. Un bain de pieds coûte ici 500 francs congolais (0,25$). Nathan affirme qu’en cette période de forte affluence, il peut atteindre entre 150 et 200 clients le jour. « C’est un travail qui paie bien. Je dépense en moyenne 5$ chaque jour pour mon transport et l’achat des matériels (eau et savon) pour gagner plus ou moins 30$, soit un gain de 25$ », se réjouit-il.

Toutefois, Nathan reconnait les risques liés à ce travail : « Je suis exposé aux maladies et aux microbes mais que faire ? C’est mieux que voler ou mendier. » Aussi, ajoute-t-il, toutes les périodes ne sont pas grasses. « Pendant la saison sèche, je me débrouille autrement. A certaines périodes de l’année également, le marché n’est pas aussi fréquenté et mes bénéfices diminuent », avoue le jeune homme.

Comme Nathan, ils sont des dizaines à se dresser à diverses entrées du marché pour proposer de laver les pieds de ceux qui en sortent. Dans un pays où le taux de chômage est très élevé, les jeunes débordent d’initiatives pour nouer les deux bouts. Et comme le dit un adage : « Il n’y a pas de saut métier, il n’y a que de sottes gens. »

 

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