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Ngoy Mulunda a manqué à son devoir d’unité en tant que pasteur

Personne ne peut nier le bien que les protestants ont fait à l’église et au monde. Par exemple, au niveau politique, culturel ou social, la douce révolte partie de l’ancien prêtre Martin Luther, en Allemagne, a contribué à d’importantes évolutions. Malheureusement au Congo, certains religieux, protestants et néo-protestants, brillent plutôt par des divisions. Et le pasteur Daniel Ngoy Mulunda est l’un d’eux.

Le 18 janvier 2021, dans la soirée, les proches du pasteur méthodiste Daniel Ngoy Mulunda ont annoncé son arrestation par des services de sécurité. Vidéo à l’appui montrant une porte de sa résidence cassée, ils ont dénoncé une arrestation brutale.

Vous ne pouvez pas continuer de violer allégrement les droits humains !

Ce comportement de nos services de sécurité est malheureusement persistant, et ne change pas malgré le fait que le régime de Kabila (qui en était presque la marque de fabrique) n’est plus au pouvoir depuis deux ans. Quel qu’il soit, tout citoyen qu’on interpelle a droit à la dignité.

Et humilier un citoyen, quels que soient les faits portés contre lui est inacceptable. Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda est une notabilité : d’abord en tant que religieux, ensuite, parce qu’il a été président de la Commission électorale nationale indépendante de la RDC. Pour rappel, c’est lui qui a organisé le deuxième scrutin pluraliste de l’histoire de la RDC, en 2011 : élections qui ont donné vainqueur l’actuel sénateur à vie Joseph Kabila.

En revanche, il faut reconnaître que le cas du pasteur Daniel Ngoy Mulunda est particulier. D’abord, parce qu’il s’agit d’un pasteur. Et, il aurait dû tenir compte des manières propres aux pasteurs, dans l’expression publique, dans les prédications…

Le 17 janvier, dans son église de Lubumbashi, Ngoy Mulunda a, pendant sa prédication, décidé de parler des Katangais et aux Katangais. C’est-à-dire des Congolais originaires comme lui de l’ancienne province du Katanga démembrée en 4 nouvelles provinces en 215 : Lualaba, Haut-Lomami, Tanganyika et Haut-Katanga.

Dérapage d’un pasteur !

Dans son prêche, cet ancien président de la Céni a déploré le fait que les Katangais se sont divisés, combattus et ont pour cela perdu le pouvoir. Référence aux luttes entre pro et anti-Kabila, avant l’alternance au pouvoir en 2018. Puis, le « pasteur » a proféré des menaces : la sécession du Katanga, si « vous ne changez pas », en parlant des adversaires qu’il n’a pas nommés. Vraisemblablement le camp présidentiel actuel.

Depuis la fin de l’année dernière, ses prises de position en faveur du sénateur Joseph Kabila, qui a quitté le pouvoir en janvier 2019, sont tranchées. Mulunda s’identifie de plus en plus au Katanga. On l’a vu parmi l’équipe qui essaie de réconcilier l’ancien président et d’autres Katangais dont l’opposant Moïse Katumbi, divisés par les luttes autour de l’alternance au pouvoir.

Le 17 janvier 2021, l’auditoire devant lequel pasteur Mulunda s’adressait, comptait des non-Katangais. La chanteuse Tshiala Muana, par exemple, était présente et visiblement gênée par le message. C’était un message séparatiste, et de ce fait, exclusif.

Un religieux ne devrait pas diviser, monsieur !

Pour celui qui, en plus, a été président de la Commission électorale censée rester indépendante, Daniel Mulunda s’est éloigné de l’image d’un leader unificateur. Organiser les élections nationales un jour, et se retrouver un autre jour en train de défendre mordicus celui qu’on a proclamé vainqueur, et par-dessus le marché sur fond de régionalisme exclusif, est tout simplement choquant.

Bien avant Martin-Luther King aux Etats-Unis, l’autre Luther, le réformateur et d’autres protestants ont permis à une bonne partie du monde d’entrer dans un réveil que l’on évoque encore aujourd’hui avec fierté. Dans des luttes civiques, comme l’a fait l’Américain Martin-Luther King, des pasteurs ont joué un rôle très remarquable. On peut noter aussi le dalaïlama en Chine, les cardinaux Nzapalenga en Centrafrique, Malula et ses successeurs en RDC, Desmond Tutu en Afrique du Sud.

J’ai bien voulu, à travers ce blog, le rappeler au « pasteur » Daniel Ngoy Mulunda. J’espère qu’il saura se ressaisir pour éviter qu’un religieux soit l’homme par qui la violence et les divisions arrivent.

 

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