Élèves devant une salle de classe de l'école de Shasa. Crédit : Education pour tous.
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À Shasha, l’éducation résiste à la guerre : quand bâtir une école devient un acte de paix

Dans le Nord Kivu, la guerre ne détruit pas seulement des maisons et des vies. Elle s’attaque aussi à l’avenir. À Shasha, une localité du territoire de Masisi, l’éducation est devenue l’une des premières victimes du conflit. Pour des centaines d’enfants apprendre est devenu un luxe inaccessible car les écoles sont abandonnées et les bâtiments détruits.Pourtant, au cœur de cette instabilité chronique, une initiative locale refuse de céder au fatalisme. Porté par FADE ASBL, le programme Éducation pour tous s’est donné une mission aussi simple que courageuse : garantir à chaque enfant, même en zone de conflit, un accès effectif à une éducation gratuite, inclusive et protectrice.

À Shasha, comme dans de nombreuses zones occupées ou exposées aux violences armées, les écoles ont été endommagées, réquisitionnées ou abandonnées par crainte pour la sécurité des élèves et des enseignants. Privés de cadre scolaire, les enfants sont confrontés à des risques multiples : déscolarisation prolongée, travail forcé, exploitation économique, enrôlement par des groupes armés ou violences diverses.

Pour les familles déplacées, déjà fragilisées par la pauvreté et l’insécurité, l’absence d’école accentue la perte de repères et d’espoir. Dans ce contexte, l’éducation n’est plus seulement un droit fondamental : elle devient une urgence humanitaire et un puissant outil de protection de l’enfance.

Le projet avance sans financement suffisant

Depuis 2023, FADE ASBL a choisi d’agir là où les besoins sont les plus criants. Après avoir construit une première école fonctionnelle dans un camp de déplacés internes, l’organisation a décidé d’aller plus loin : bâtir une nouvelle école à Shasha, en pleine zone à haut risque sécuritaire. Le chantier avance lentement néanmoins il reste entravé par un financement insuffisant, des difficultés d’acheminement des matériaux et une instabilité sécuritaire permanente. Cependant les fondations sont déjà achevées et une partie de la structure est visible. Chaque mur dressé, chaque brique posée, est un acte de résistance pacifique face à la violence.

Malgré la guerre, le programme Éducation pour tous affiche déjà des résultats tangibles. Des centaines d’enfants ont retrouvé le chemin de l’école grâce à la construction d’infrastructures éducatives adaptées. Des cartables et uniformes scolaires ont été distribués à des enfants vulnérables, réduisant les barrières matérielles à la scolarisation et favorisant l’égalité entre filles et garçons.

Plus encore, une école bénéficiaire du programme a été équipée d’un accès internet par satellite, ouvrant les élèves aux outils numériques, à la technologie et aux bases de l’intelligence artificielle. Une fenêtre sur le monde, dans un environnement où l’horizon est trop souvent limité par la guerre.

Une école, bien plus qu’un bâtiment

À Shasha, l’école en construction n’est pas qu’un lieu d’apprentissage. Elle est un refuge, un espace de stabilité et un levier de reconstruction psychosociale pour des enfants marqués par la violence et les déplacements forcés. Elle permet de restaurer des repères, de recréer une routine, de redonner confiance en l’avenir.

Sur le plan communautaire, le projet renforce la cohésion sociale en mobilisant familles, enseignants et leaders locaux autour d’un objectif commun : protéger l’enfance malgré la guerre. Il contribue aussi à prévenir durablement le recrutement des enfants par des groupes armés et d’autres formes d’exploitation.

Investir dans l’éducation c’est investir dans la paix

Finaliser l’école de Shasha, c’est offrir à des enfants aujourd’hui privés d’éducation la possibilité de grandir, d’apprendre et de rêver dans un cadre digne et sécurisé. C’est aussi poser les bases d’une paix durable, fondée sur le savoir, la résilience et le respect des droits humains. Au-delà de Shasha, cette initiative lance un appel clair : même en temps de guerre, l’éducation doit rester une priorité absolue. Soutenir de tels projets, c’est faire le choix d’investir dans l’avenir de la RDC, en plaçant l’enfant au cœur de toutes les priorités.

 

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