Chaque 12 août, la Journée internationale de la jeunesse remet les jeunes au centre des discours. On parle de leur potentiel, de leur créativité, de leur résilience, de leur capacité à transformer la société. On leur rappelle qu’ils constituent l’avenir du pays. Ces mots sont importants. Mais je pense qu’ils méritent d’être confrontés à une question plus simple : quelle place donne-t-on réellement aux jeunes aujourd’hui ?
Car la jeunesse ne devrait pas seulement être célébrée une journée dans l’année. Elle devrait être écoutée, formée, responsabilisée et associée aux décisions qui concernent son présent autant que son avenir.
Être jeune en RDC aujourd’hui, c’est grandir dans un pays qui offre d’immenses possibilités, mais où les chemins pour les saisir restent difficiles. Des jeunes terminent leurs études sans savoir quand viendra leur premier emploi. D’autres entreprennent dans le numérique, l’agriculture, la culture ou le commerce avec des moyens limités. D’autres encore vivent dans des régions affectées par les conflits et doivent construire leur avenir dans un environnement marqué par l’incertitude.
Et pourtant, ils continuent d’avancer.
C’est peut-être là l’un des paradoxes de la jeunesse congolaise : on lui demande énormément alors qu’on lui donne encore trop peu de moyens d’agir.
On répète souvent que « les jeunes sont l’avenir ». Mais les jeunes ne sont pas seulement l’avenir. Ils sont déjà le présent.
Ils enseignent, entreprennent, cultivent, créent des contenus, développent des solutions numériques, font du journalisme, travaillent dans les organisations de la société civile et portent des initiatives communautaires. Dans les zones touchées par les conflits, certains s’engagent aussi pour la paix, le dialogue et la cohésion sociale.
Pourquoi faudrait-il alors toujours attendre demain pour leur faire confiance ?
Mobiliser la jeunesse n’est pas encore lui donner du pouvoir d’agir
Lorsque les acteurs politiques, les organisations ou les institutions ont besoin de mobiliser, les jeunes sont souvent parmi les premiers sollicités. Ils remplissent les salles, participent aux campagnes, font vivre les réseaux sociaux et portent les messages.
Mais combien sont réellement présents lorsque les priorités sont définies ? Combien participent aux décisions qui concernent l’emploi, l’éducation, l’entrepreneuriat, le numérique ou la paix ?
Une politique de jeunesse devrait commencer par écouter les jeunes, comprendre leurs réalités et construire avec eux les réponses aux problèmes qu’ils rencontrent.
Mais tout mettre sur le dos de l’État serait trop facile. La jeunesse congolaise doit également s’interroger sur elle-même.
Que faisons-nous des réseaux sociaux ? Des espaces de débat qui nous sont accessibles ? De notre droit à la parole ? De notre capacité à entreprendre, à nous organiser et à participer à la vie de nos communautés ?
La désinformation, les discours de haine, les divisions identitaires et la manipulation politique trouvent aussi parfois des relais parmi les jeunes. Être jeune ne suffit donc pas pour être automatiquement porteur de changement. Il faut choisir de l’être.
Cela signifie apprendre, développer des compétences, vérifier avant de partager, refuser les discours qui divisent, participer aux débats publics et demander des comptes aux dirigeants. Mais aussi proposer des solutions, entreprendre et s’engager dans sa communauté.
La responsabilité est donc partagée : aux institutions de créer les conditions permettant aux jeunes d’agir ; aux jeunes de montrer qu’ils ne veulent pas seulement être mobilisés, mais participer réellement à la construction de leur société.
Et si, ce 12 août, nous faisions de la Journée internationale de la jeunesse autre chose qu’une succession de discours et de cérémonies ?
Posons-nous plutôt quelques questions : combien de jeunes avons-nous formés ? Combien ont trouvé leur premier emploi ? Combien ont pu transformer une idée en entreprise ? Combien participent réellement aux décisions publiques ?
Et surtout : qu’allons-nous faire différemment avant le prochain 12 août ?
Cette question s’adresse aux institutions publiques, aux universités, aux entreprises, aux organisations de la société civile, mais aussi aux jeunes eux-mêmes.
La RDC n’a pas besoin d’une jeunesse que l’on célèbre seulement. Elle a besoin d’une jeunesse que l’on forme, écoute, responsabilise et accompagne.
Et cette jeunesse, de son côté, doit refuser d’être uniquement spectatrice de son propre avenir.
Ce 12 août, célébrons donc moins une promesse pour demain.
Donnons davantage de place à une force qui existe déjà aujourd’hui !
