Le 18 juillet 2026, Clovis Mutsuva a été arrêté dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Cette arrestation intervient après plusieurs manifestations et prises de parole publiques au cours desquelles il dénonçait, d’une part, les massacres répétés des populations civiles et, d’autre part, ce qu’il considère comme l’inefficacité de l’état de siège.
Instauré depuis mai 2021 dans le but de traquer les groupes armés et de restaurer la paix, l’état de siège peine, aux yeux de nombreux habitants, à produire les résultats attendus dans la région de Beni, tout comme en Ituri et dans d’autres territoires du Nord-Kivu.
La nouvelle offensive du M23, avec à la clé la prise de la cité stratégique de Bunagana en juin 2022, puis l’occupation de plusieurs autres entités, notamment les villes de Goma en janvier 2025 et de Bukavu en février de la même année, vient nourrir les interrogations sur l’efficacité des réponses sécuritaires.
Alors que l’on pouvait croire que la situation dans le territoire de Beni s’améliorerait avec l’installation du chef-lieu provisoire de la province du Nord-Kivu à Beni-ville, après l’occupation de Goma, il n’en est rien pour les populations qui continuent de vivre dans l’insécurité.
Les massacres de civils, qui endeuillent la région depuis octobre 2014, se poursuivent. Une situation qui indigne les filles et fils du terroir, fatigués de perdre les leurs dans un conflit dont ils peinent à comprendre les enjeux et les objectifs poursuivis.
Clovis Mutsuva fait partie de ceux qui refusent de se résigner face à cette insécurité chronique au bilan macabre. Son engagement en faveur de la paix a commencé à l’université, avant de se poursuivre pendant ses longues années de militantisme au sein de la LUCHA, puis dans la Ligue des jeunes du parti Ensemble pour la République, dont il est l’un des responsables au Nord-Kivu.
« On ne s’habitue pas à l’inacceptable »
Dans le cadre de sa campagne citoyenne « On ne s’habitue pas à l’inacceptable », Clovis Mutsuva organise des mobilisations et des actions de protestation contre les massacres attribués aux ADF dans les régions de Beni et de l’Ituri.
Dans une communication publique, notamment relayée sur son compte Facebook, Clovis dénombre 876 personnes tuées par les ADF en l’espace de seulement 30 jours. Un bilan qu’il avance pour dénoncer la persistance des violences contre les civils.
Il ne s’agit pas que de chiffres, mais de vies arrachées, de familles éplorées, de rêves brisés.
Le 6 juin 2026, Clovis a conduit une visite de solidarité en hommage à Nzanzu Mangese, artiste issu de la communauté twa, tué dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 lors d’une attaque attribuée aux ADF dans le quartier Ngadi, en ville de Beni.
Il a profité de cette occasion pour insister sur le fait que les autorités congolaises devraient, selon lui, accorder la priorité à la question de la paix à Beni plutôt qu’au changement de la Constitution.
Une arrestation qui interroge sur la liberté d’expression
Le 18 juillet 2026, Clovis Mutsuva est arrêté à Beni, puis conduit à l’auditorat militaire supérieur. Selon les informations publiées par Actualité.cd, la justice militaire lui reproche notamment des faits présumés de propagation de faux bruits. D’autres qualifications figurent dans les informations rapportées sur le mandat d’amener.
Son arrestation suscite des réactions parmi les mouvements citoyens et les responsables de son parti politique. Ceux-ci y voient une tentative de réduire au silence une voix critique de la gestion sécuritaire dans la région. Il s’agit toutefois d’une appréciation de ses soutiens, et non d’un motif établi par la justice.
À Beni, où les populations continuent de réclamer la fin des massacres, le parcours de Clovis Mutsuva soulève ainsi une question qui dépasse sa seule personne : quelle place reste-t-il à la contestation citoyenne lorsque ceux qui réclament la paix se retrouvent eux-mêmes confrontés à des poursuites judiciaires ?
