Les abus sexuels subis par les garçons pendant l’enfance restent un sujet largement entouré de silence. À Bukavu, le projet chorégraphique « Rétro-viseur » ouvre un espace de parole autour de ces violences et de leurs conséquences, en faisant dialoguer création artistique, témoignage et engagement social.
C’est dans le cadre de l’Hôtel Résidence de Bukavu qu’a été franchi, le 18 septembre 2026, un pas vers la levée d’un tabou encore profondément enraciné dans la société : les abus sexuels subis pendant l’enfance par les garçons.
Porté par le danseur, chorégraphe et coordinateur de la structure Mot’Art, Darel Longundu, le projet chorégraphique « Rétro-viseur » a réuni un panel d’experts, d’acteurs de la société civile ainsi que d’organisations féministes et de genre.
Ensemble, ils ont mené une réflexion collective sur la banalisation de ces violences et le poids du silence imposé aux hommes, trop souvent perçus uniquement comme des agresseurs dès leur plus jeune âge, alors que certains ont eux-mêmes subi des violences sexuelles pendant l’enfance.
« Que devient un garçon lorsqu’on lui apprend à appeler sa blessure un souvenir ? »
Cette interrogation centrale nourrit la recherche artistique du projet, soutenu par l’Union européenne à travers le Pôle EUNIC RDC.
Pour Darel Longundu, prendre la parole constitue une première étape pour se libérer du poids de ce qui a été vécu : « Quand tu arrives à en parler, c’est à ce moment-là que tu te libères. Cela peut motiver d’autres personnes à briser le silence à leur tour. »
De la parole à la création artistique
Après deux semaines d’immersion et de recherche interdisciplinaire mêlant danse, musique, slam et théâtre, la démarche a franchi de nouvelles étapes.
Des restitutions artistiques ont été organisées les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 au Labo Mot’Art, à Bukavu.
Le projet prévoit également la poursuite des recherches à travers des résidences internationales, notamment à Paris à partir de novembre 2026, puis à Brazzaville.
La finalisation de l’œuvre artistique complète est prévue pour 2027.
Par ce dialogue entre art et engagement social, le projet « Rétro-viseur » ambitionne de redonner une voix à ceux que la société contraint au silence. Il ouvre surtout une discussion sur une réalité encore difficile à évoquer : celle des garçons qui subissent des abus sexuels pendant l’enfance et qui grandissent parfois sans trouver l’espace pour en parler.
