Et si le blocage de la jeunesse ne résidait pas seulement dans le manque d’opportunités, mais aussi dans la peur de sortir des sentiers battus ? Dans une réflexion sur l’entrepreneuriat des jeunes, Larissa Ntabala, initiatrice du média et réseau Kivu au féminin, alerte sur les dangers du mimétisme entrepreneurial. Pour elle, l’avenir ne se construira pas en copiant ce qui marche chez l’autre, mais en osant la complémentarité et l’innovation.
Le piège de la copie et la fausse rivalité
Le constat est récurrent dans les écosystèmes émergents : dès qu’un jeune perce dans un secteur, une vague de projets similaires apparaît, reproduisant les mêmes modèles, les mêmes méthodes et ciblant les mêmes publics. Un réflexe rassurant en apparence, mais qui peut devenir contre-productif à terme.
« Ce qui fonctionne chez l’autre peut ne pas fonctionner chez nous », rappelle Larissa Ntabala.
En cherchant à reproduire à l’identique les parcours de réussite, les jeunes risquent de se heurter aux mêmes obstacles et de s’épuiser sur des marchés saturés.
Ce phénomène peut alimenter un cercle vicieux : là où la diversité permettrait de créer des synergies, l’uniformité engendre la comparaison, la compétition, puis la rivalité. L’absence de soutien mutuel parfois reprochée aux jeunes ne découlerait donc pas forcément d’un manque de bienveillance, mais aussi d’une concentration des initiatives dans les mêmes secteurs.
De la concurrence à la complémentarité
Pour rompre avec cette tendance, Larissa Ntabala plaide pour une prise de conscience individuelle et collective. L’enjeu est de transformer la rivalité en alliance grâce à la spécificité de chacun.
« Si chacun prenait le temps de découvrir ce qui lui est propre, de développer son domaine et d’y apporter sa touche, nous n’aurions plus besoin de nous voir comme des concurrents. »
Explorer sa propre voie ne signifie pas réinventer la roue, mais apporter une valeur ajoutée distincte, un regard neuf ou une exécution originale.
C’est précisément cette pluralité des talents qui peut rendre le soutien mutuel possible et naturel : on ne jalouse plus la réussite de l’autre lorsqu’elle ne piétine pas son propre terrain, on la complète.
L’audace d’être soi pour avancer ensemble
L’innovation ne réside pas uniquement dans l’invention technologique ou dans un concept inédit. Elle réside aussi dans le refus de devenir la copie conforme d’une formule à succès.
Larissa Ntabala lance ainsi un appel à l’audace et à la confiance : la jeunesse regorge de talents qui n’attendent que la liberté de s’exprimer hors des moules préétablis.
L’émergence d’une génération forte repose aussi sur sa capacité à marcher côte à côte, forte de ses différences, plutôt qu’alignée sous une même bannière d’emprunt.
