En période de conflit armé, une fausse information peut avoir des conséquences qui dépassent largement les réseaux sociaux. Fausses alertes, rumeurs sur les mouvements des groupes armés ou discours visant certaines communautés : au Sud-Kivu, des fact-checkers alertent sur les risques que la désinformation fait peser sur les populations et sur la cohésion sociale.
À l’occasion de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, des acteurs de la vérification des faits au Sud-Kivu attirent l’attention sur les conséquences de la désinformation dans les zones touchées par les conflits.
Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où l’information circule dans un environnement marqué par l’insécurité, les rumeurs et les fausses nouvelles peuvent perturber la sécurité et la vie quotidienne des habitants.
C’est notamment le constat dressé par Loni Irenge Joël, chargé de production au sein de la plateforme Chunguza Habari et membre du Collectif des fact-checkers de la RDC.
Quand une fausse information expose des civils
Selon Loni Irenge Joël, les conséquences de la désinformation ne restent pas toujours derrière les écrans. Une fausse information sur l’ouverture d’un couloir humanitaire, une alerte d’évacuation non vérifiée ou une information erronée sur la présence de groupes armés peut pousser des familles à se déplacer dans la précipitation.
Dans un environnement de guerre, de tels déplacements peuvent exposer les populations à de nouveaux risques, notamment lorsqu’elles se dirigent vers des zones dont la situation sécuritaire est mal connue.
La panique provoquée par certaines rumeurs peut également pousser des déplacés vers des endroits dépourvus d’eau potable, d’abris ou de structures sanitaires adéquates, aggravant leur vulnérabilité.
L’action humanitaire peut, elle aussi, être affectée. Des informations trompeuses sur l’aide, les médicaments ou les organisations humanitaires peuvent alimenter la méfiance des communautés et compliquer l’accès aux services dont elles ont besoin.
Les journalistes et autres professionnels de l’information évoluent également dans cet environnement tendu, où une accusation ou une information non vérifiée peut accroître les risques auxquels ils sont déjà exposés.
Désinformation et fractures communautaires
À plus long terme, la circulation incontrôlée de fausses informations peut aussi miner la cohésion sociale.
Elle alimente la méfiance envers les médias, les autorités ou les organisations humanitaires. Lorsqu’elle exploite les tensions identitaires et intercommunautaires, elle peut également accentuer les divisions entre les populations et fragiliser les efforts de paix et de vivre-ensemble.
La lutte contre la désinformation devient ainsi, pour les fact-checkers, une question qui dépasse la seule vérification de contenus publiés sur Internet.
Aller là où circulent les rumeurs
Pour contrer le phénomène, les organisations de vérification des faits disent adapter leurs stratégies.
Au-delà du travail de déconstruction des rumeurs sur les plateformes numériques, Chunguza Habari et le Collectif des fact-checkers de la RDC mènent des actions de proximité.
Parce que les informations circulent aussi dans les marchés, les écoles, les transports publics et d’autres espaces de la vie quotidienne, des activités de sensibilisation y sont organisées pour transmettre à la population des réflexes simples de vérification.
Les acteurs du secteur plaident également pour une place plus importante de l’éducation aux médias dans le parcours scolaire, du primaire à l’université.
L’objectif : développer chez les jeunes un réflexe de vérification qui les amène à questionner la source, l’intention et les conséquences possibles d’une information avant de la partager.
Pour les fact-checkers, soutenir le travail des journalistes et des vérificateurs de faits constitue ainsi l’un des moyens de favoriser l’accès à une information fiable et de limiter les effets de la désinformation dans les régions touchées par les conflits.
