Dans une province comme le Sud-Kivu, marquée par les conflits, l’insécurité, les déplacements de populations et les tensions entre citoyens et institutions, cette question mérite d’être posée. Pour moi, la paix ne signifie pas seulement l’absence des armes ou des affrontements. Elle doit aussi se ressentir dans la manière dont chaque citoyen est traité lorsqu’il est en contact avec l’autorité.
Un événement récent survenu à Baraka m’interpelle particulièrement. D’après plusieurs médias en ligne, dont Actualite.cd, RNAnews et FiziNews24, six acteurs de la société civile ont été arrêtés en août 2026 dans un contexte de tensions autour des barrières et du recouvrement de taxes à Katanga.
Parmi eux figuraient notamment le président de la Société civile Forces vives de Baraka et le vice-président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à Baraka. Selon ces sources, ils s’étaient rendus à Katanga pour échanger avec le commandement militaire au sujet, notamment, d’une barrière où était dénoncé un prélèvement de 5 000 francs congolais par motocycliste au profit de la Direction provinciale de mobilisation et d’encadrement des recettes (DPMER).
Les circonstances exactes de leur arrestation et les fondements juridiques de leur détention ont cependant fait l’objet de différentes versions. Plusieurs sources ont notamment attribué leur arrestation à une instruction du vice-gouverneur du Sud-Kivu.
Un transfert qui a suscité des interrogations
Selon les sources consultées, les personnes arrêtées ont été transférées de nuit vers Uvira, d’abord au cachot de la police, puis à la prison centrale de Mulunge. Des défenseurs des droits humains ont également dénoncé des irrégularités dans la procédure.
Je ne prétends pas, à partir de ces seuls éléments, déterminer qui avait juridiquement raison ou tort. Mais une question demeure : comment construire la confiance entre le citoyen et l’autorité lorsque les procédures judiciaires deviennent elles-mêmes une source de peur et d’incompréhension ?
Et si la paix devenait réellement une réalité au Sud-Kivu, qu’est-ce qui changerait ?
Lorsqu’un citoyen est arrêté, il devrait pouvoir comprendre pourquoi. Sa famille devrait savoir où il se trouve. Ses droits et les procédures prévues par la loi devraient être respectés.
Cela ne signifie pas que les autorités ne doivent plus procéder à des arrestations. L’État doit protéger les citoyens et faire respecter la loi. Mais la manière d’agir compte aussi. Lorsqu’une arrestation se déroule dans des circonstances que la population ne comprend pas, la famille s’inquiète, la communauté s’interroge, les rumeurs circulent et la confiance envers les institutions risque de s’effriter.
La paix exige aussi le dialogue
L’affaire de Baraka rappelle également l’importance du dialogue entre les autorités et les forces vives. Les questions liées aux barrières, aux taxes et aux conditions économiques peuvent être sensibles, mais elles ne devraient pas nécessairement conduire à l’affrontement.
Lorsque la société civile soulève une préoccupation, l’autorité peut l’entendre. Lorsque l’autorité prend une décision, elle peut l’expliquer. Et lorsque des désaccords apparaissent, le dialogue peut éviter que les tensions s’accumulent.
Les six acteurs ont finalement été libérés après environ quatorze jours de détention, à la suite notamment de mobilisations de défenseurs des droits humains, selon les sources rapportant cette affaire.
Mon message à l’autorité provinciale
Je ne voudrais pas que cette réflexion soit comprise comme une condamnation systématique de l’autorité provinciale, mais comme une interpellation citoyenne.
Le Sud-Kivu a besoin d’autorités fortes. Mais une autorité forte n’est pas nécessairement celle qui fait peur. À mes yeux, c’est celle qui sait écouter, expliquer ses décisions, faire respecter la loi et reconnaître la place du dialogue.
Et si la paix commençait justement là ?
Que la société civile puisse jouer son rôle sans être considérée comme un adversaire. Que le citoyen puisse interpeller l’autorité sans craindre pour sa liberté. Que l’autorité puisse faire respecter la loi dans le respect des droits. Et que la justice soit perçue comme un espace de protection plutôt que comme une source d’inquiétude.
Car la paix ne se construit pas seulement par le silence des armes. Elle se construit aussi par la confiance entre les citoyens et leurs institutions.
La paix commence lorsque la justice est la même pour tous.
