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Et si la paix commençait par vérifier avant de partager ?

À Bukavu, ville confrontée à la désinformation et aux discours de haine, l’usage responsable des réseaux sociaux demeure une manière de contribuer à la promotion de la paix et du vivre-ensemble.

Comme journaliste et fact-checkeur, je travaille avec mes confrères réunis au sein de la plateforme de vérification des faits CHUNGUZA HABARI. Depuis 2025, nous organisons des séances de sensibilisation, des campagnes numériques ainsi que des conférences dans les écoles et les universités pour sensibiliser la population à sa responsabilité dans l’utilisation des réseaux sociaux.

Cette expérience m’a appris qu’avant de transférer un message vocal alarmiste, une photo choquante ou une information qui accuse une communauté, quelques secondes de vérification peuvent faire la différence.

Pour mieux comprendre ce que la désinformation peut provoquer dans une communauté, imaginons cette histoire.

Une rumeur suffit parfois

Un samedi après-midi à Bukavu, une rumeur se propage comme une traînée de poudre à travers plusieurs groupes WhatsApp : des artisans appartenant à une communauté voisine auraient empoisonné des vivres vendus dans la ville.

En moins de deux heures, la panique prend le dessus. Des étals sont renversés, des insultes fusent et des commerçants qui travaillaient côte à côte depuis des années se regardent soudainement avec méfiance.

Quelques heures plus tard, il apparaît que l’information était inventée et provenait d’un compte anonyme.

Cette histoire est fictive. Mais elle permet de comprendre un phénomène bien réel : la désinformation peut instrumentaliser les peurs et fragiliser la cohésion sociale.

Dans un contexte où les blessures du passé restent vives, une seule fausse nouvelle peut suffire à raviver des tensions intercommunautaires, à manipuler des jeunes et à transformer des voisins en adversaires.

La désinformation n’est donc pas un simple mensonge numérique. Elle peut devenir un obstacle au vivre-ensemble.

Et si nos réseaux sociaux devenaient des ponts de vérité ?

Pour moi, la paix serait aussi possible si nos réseaux sociaux et nos espaces de discussion cessaient d’alimenter la désinformation pour devenir des espaces où chacun prend la responsabilité de ce qu’il publie et partage.

Dans notre histoire imaginaire, Maman Solange et ses collègues pourraient continuer à travailler dans la sérénité sans craindre une haine fabriquée par une fausse information. Les jeunes de nos quartiers pourraient consacrer leur énergie à construire des projets communs plutôt qu’à relayer des infox qui divisent.

C’est pourquoi, dans nos activités avec CHUNGUZA HABARI, nous encourageons les citoyens à développer un réflexe simple : avant de partager, vérifier la source.

Avant de transférer un message vocal alarmiste ou une photo choquante, j’appelle toujours la population à prendre quelques instants pour se demander d’où vient l’information et si elle peut être vérifiée.

Les médias et les fact-checkeurs locaux ont également un rôle à jouer en renforçant les initiatives de vérification des faits, y compris en langues locales, afin que les fausses informations puissent être identifiées avant qu’elles ne provoquent davantage de méfiance et de tensions.

Mais le fact-checking ne commence pas seulement dans une rédaction ou sur une plateforme spécialisée. Il peut aussi commencer avec chacun de nous, devant notre téléphone, au moment où notre doigt s’apprête à appuyer sur « transférer ».

Désarmer les esprits de la fausse information, c’est offrir à la paix une chance de prendre racine. Refuser de partager de fausses informations, c’est aussi désarmer la haine.

 

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