Je ne sais pas exactement ce qu’il y a dans l’air de Kinshasa. Mais il y a quelque chose. Quelque chose qui donne l’impression que dormir, c’est perdre du temps ou carrément ce n’est pas dormir.
À Kinshasa, la nuit ne signifie pas nécessairement la fin de la journée. Elle marque plutôt le début d’une autre activité. Pendant que certains rentrent chez eux, d’autres commencent à peine leur journée. Les vendeurs s’installent, les terrasses se remplissent, les motos continuent de circuler et la musique semble avoir signé un contrat pour ne jamais s’arrêter. Ici, il faut parfois négocier avec le sommeil.
Je vous raconte d’abord une journée normale à Kinshasa
Ce qui me fascine le plus dans cette ville, ce n’est pas seulement son bruit. C’est son mouvement. Kinshasa donne l’impression que tout le monde est pressé, même lorsque personne ne sait exactement à quelle heure elle arrivera.
Le matin, les rues se remplissent de personnes qui veulent rejoindre leur lieu de travail, déposer un enfant à l’école, ouvrir une boutique ou chercher une opportunité. Chacun avance avec ses propres préoccupations, ses ambitions et parfois ses problèmes.
Dans les transports, les conversations se mélangent. On parle d’argent, de politique, de football, de travail, de mariage et de ces fameuses opportunités qui peuvent changer une vie. Quelqu’un connaît quelqu’un qui peut t’aider. Et dans cette agitation, il y a quelque chose de fascinant : malgré les difficultés, les gens continuent d’essayer.
Ils se lèvent, ils cherchent, ils recommencent. Ils échouent parfois, se plaignent souvent, mais finissent généralement par trouver une raison de repartir le lendemain.
Peut-être c’est ça, finalement, le secret de cette ville, elle ne promet pas que la vie sera facile. Elle te donne simplement l’impression que quelque chose peut encore arriver, d’ailleurs j’en ai parlé récemment, Kinshasa qui peut te changer avant de changer ta vie.
La nuit, pendant que tu veux dormir, les autres commencent à travailler
Il suffit de regarder autour de soi pour comprendre que Kinshasa ne vit pas au même rythme pour tout le monde. Pour certains, la nuit est un moment de repos. Pour d’autres, c’est une occasion de gagner leur vie. Il y a ceux qui travaillent tard, ceux qui rentrent après une longue journée et ceux qui n’ont tout simplement pas le luxe de s’arrêter, ils trouvent que dormir c’est passer inutilement son temps.
Derrière les lumières des terrasses et l’animation des avenues, il y a des personnes qui se battent pour nourrir leur famille, payer le loyer ou financer les études d’un enfant.
Au lever du jour, l’heure où le sommeil devient doux, là tu attends une maman crier : Lipa na mwamba ya ng’oyo (Pain et patte d’arachide) ou un jeune homme crier : Matiti pour te rappeler qu’il faut te débarrasser de ta poubelle, tout ceci se passe entre 4h et 6h du matin
A Kinshasa ou peut-être au partout dans le monde, dormir serait un luxe
Même lorsque nous nous reposons, une partie de notre esprit reste au travail. Nous pensons aux factures, aux projets inachevés, aux personnes que nous devons rappeler et aux objectifs que nous nous sommes fixés. Nous sommes physiquement à la maison, mais mentalement quelque part sur le boulevard du 30 Juin, dans un embouteillage ou à un rendez-vous qui n’a pas encore commencé.
Peut-être que ce n’est pas l’air de Kinshasa qui rend le sommeil inutile. Peut-être c’est cette pression permanente de devoir réussir, de devoir avancer et de ne surtout pas rater sa chance.
Après tout, il faut reconnaître que cette ville possède une énergie particulière. Elle peut fatiguer, agacer, surprendre et parfois décourager. Mais elle sait aussi réveiller des ambitions que l’on ne soupçonnait pas.
