À Kinshasa, le bloc de Limete Industrielle porte un nom qui semble de moins en moins correspondre à sa réalité. Les usines se font moins visibles, tandis que des églises occupent certains anciens espaces de production. Une reconversion qui soulève une question : Limete a-t-elle changé de vocation sans changer de nom ?
À la recherche des industries perdues
Lorsqu’on entend « Limete Industrielle », on imagine des machines en activité, des camions en mouvement et des entreprises créatrices d’emplois. Sur le terrain, le décor semble aujourd’hui différent. Les activités industrielles sont moins visibles dans certains espaces. À leur place, des lieux de culte gagnent du terrain.
D’anciens espaces industriels ont changé de fonction. Là où l’on attendait des unités de production, on découvre désormais des temples et des salles de prière. La question devient alors incontournable : le nom « Limete Industrielle » correspond-il encore à la réalité ?
Quand les temples remplacent les machines
Il ne s’agit pas de remettre en cause la foi ni la liberté de culte. Le débat porte plutôt sur l’utilisation d’un espace connu pour sa vocation industrielle et destiné à soutenir l’activité économique.
Une ville a besoin de lieux de prière. Mais elle a aussi besoin d’entreprises, d’usines et d’emplois. Les veillées de prière peuvent nourrir l’espérance. Elles ne remplacent toutefois ni les chaînes de production ni les possibilités d’embauche. Dans une zone dite industrielle, voir des lieux de culte s’installer dans d’anciens espaces de production pose forcément la question du modèle de développement urbain.
Le paradoxe est saisissant : des fidèles peuvent s’y rassembler pour prier, notamment en faveur d’un emploi, dans une zone dont la vocation industrielle était justement associée à la production et à l’emploi. À force de voir certains espaces changer de fonction, on finit par avoir l’impression que les microphones remplacent les machines.
Le nom, lui, n’a pas changé. Limete continue de s’appeler « Industrielle ».
À partir de quel moment une zone industrielle cesse-t-elle réellement de l’être ? Et surtout, quand le débat sur la relance de sa vocation économique sera-t-il posé ?
Sans réponse à ces questions, l’ironie risque de s’imposer : Limete Industrielle pourrait finir par devenir Limete des chrétientés.
