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Le kiswahili, langue du vivre-ensemble à l’Est de la RDC

Chaque 7 juillet, le monde célèbre la Journée mondiale de la langue kiswahili. Instituée par l’UNESCO, cette journée rend hommage à la première langue africaine à bénéficier d’une reconnaissance internationale de cette nature. Au-delà de son rayonnement culturel, elle rappelle surtout que le kiswahili est une langue de dialogue, de diversité et de rapprochement entre les peuples.

À l’Est de la République démocratique du Congo, cette reconnaissance trouve une résonance particulière. Ici, le kiswahili est bien plus qu’une langue nationale. C’est une langue du quotidien, une langue que l’on apprend parfois sans même s’en rendre compte. Elle permet de demander son chemin, de négocier au marché, de plaisanter avec un inconnu, de résoudre un malentendu ou simplement d’engager la conversation.

Dans cette région souvent décrite à travers les conflits, les déplacements de populations et les tensions communautaires, le kiswahili raconte une autre histoire : celle de la rencontre. À Goma, Bukavu, Beni, Butembo, Uvira ou Kalemie, il est devenu le langage commun de personnes venues d’horizons différents.

Le kiswahili n’efface pas les langues maternelles. Il leur permet au contraire de coexister. Un Munande, un Muhunde, un Mushi, un Munyanga, un Havu, un Rega ou un Bembe peut préserver sa langue d’origine tout en utilisant le kiswahili pour communiquer avec les autres. Cette coexistence linguistique constitue l’une des richesses de l’Est congolais.

Son importance apparaît dans tous les espaces de la vie sociale : les marchés, les écoles, les hôpitaux, les administrations, les églises, les transports ou les lieux de travail. Mais sa véritable force dépasse la simple transmission d’informations. Le kiswahili est aussi la langue de la proximité. C’est souvent dans cette langue que l’on accueille, que l’on plaisante, que l’on apaise un désaccord ou que l’on manifeste sa solidarité.

Une langue qui construit le lien social

Les crises successives et les déplacements de populations ont d’ailleurs renforcé cette fonction, faisant du kiswahili une véritable langue de résilience, grâce à laquelle des milliers de personnes ont pu recréer des liens sociaux dans des communautés où elles ne partageaient ni les mêmes origines ni les mêmes traditions.

Du point de vue de la communication, le kiswahili représente un espace symbolique commun. Il offre un cadre partagé où des personnes aux identités différentes peuvent dialoguer, coopérer et construire progressivement la confiance. Dans une région où les fractures sociales peuvent être profondes, cette capacité à créer du lien est loin d’être anodine.

Pourtant, cette dimension reste peu mise en avant. On évoque souvent le kiswahili comme langue nationale, commerciale ou régionale. On oublie qu’il constitue également un puissant facteur de cohésion sociale. Choisir une langue commune, c’est aussi choisir de reconnaître l’autre comme un interlocuteur avant de le voir comme un membre d’une communauté particulière.

Le kiswahili ne résoudra évidemment pas, à lui seul, les défis sécuritaires, politiques ou économiques de l’Est de la RDC. Mais aucune paix durable ne peut s’enraciner sans dialogue, et aucun dialogue n’est possible sans une langue que les acteurs partagent.

En cette Journée mondiale de la langue kiswahili, il est utile de rappeler que certaines ressources essentielles de la paix existent déjà au cœur de nos sociétés. Le kiswahili en est une. On ne construit pas le vivre-ensemble uniquement dans les conférences ou les accords politiques. Il se construit aussi dans les échanges les plus ordinaires, lorsqu’une langue commune permet à des personnes différentes de se comprendre, de se respecter et, finalement, de faire société.

 

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