Chaque saison des pluies ramène son lot d’inquiétudes en République démocratique du Congo. Des maisons menacées par les érosions, des quartiers exposés aux inondations, des familles qui redoutent de tout perdre. Et lorsque le drame survient, les mêmes images reviennent : des habitations détruites, des habitants désemparés, des appels à l’aide et des promesses d’intervention. Mais une question mérite d’être posée : pourquoi attendons-nous si souvent que la catastrophe se produise pour prendre au sérieux les risques qui l’annoncent ?
Ce 13 octobre, le monde célèbre la Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe. Pour cette année 2026, les Nations unies ont choisi un thème qui interpelle directement nos réalités : « La résilience commence chez soi ». Autrement dit, la protection des vies humaines commence bien avant l’arrivée des pluies, l’effondrement d’une maison ou le débordement d’une rivière.
En RDC, cette réflexion intervient à un moment particulièrement révélateur. Le 1er octobre, l’Assemblée provinciale de Kinshasa alertait sur les risques liés aux pluies torrentielles. Quelques jours plus tard, le 8 octobre, le ministre de l’Aménagement du territoire ordonnait la suspension des travaux dans certaines zones exposées aux inondations et aux érosions. Une décision qui rappelle combien l’occupation des espaces à risque demeure une préoccupation majeure dans la capitale.
Ces initiatives sont nécessaires. Mais elles invitent aussi à s’interroger sur ce qui se passe avant les alertes. Comment des habitations peuvent-elles se retrouver au fond des ravins ou dans le lit des rivières ? Pourquoi les dispositifs de prévention semblent-ils parfois moins visibles que les interventions d’urgence ?
Prévenir, c’est aussi écouter les communautés
La catastrophe n’est pas toujours une fatalité. Une forte pluie peut devenir dramatique lorsque les caniveaux sont obstrués, que les constructions occupent des zones dangereuses ou que les habitants ne disposent d’aucune information leur permettant d’anticiper les risques.
Mais il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité aux populations. Certaines familles s’installent dans des zones exposées non parce qu’elles ignorent le danger, mais parce qu’elles n’ont pas les moyens d’habiter ailleurs. Leur demander simplement de quitter ces espaces, sans proposer d’alternatives réalistes, revient parfois à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre.
La prévention suppose donc une responsabilité partagée. Aux pouvoirs publics de faire respecter les normes d’urbanisme, d’entretenir les infrastructures et de rendre les informations accessibles. Aux communautés de participer à l’identification des dangers et à la recherche de solutions adaptées à leur environnement.
La RDC a d’ailleurs officiellement lancé, en janvier 2026, l’initiative « Alerte précoce pour tous », destinée à renforcer l’anticipation des catastrophes. C’est une avancée importante. Encore faut-il que les alertes parviennent effectivement aux habitants, dans des langues qu’ils comprennent, par des canaux auxquels ils font confiance et suffisamment tôt pour leur permettre d’agir.
Une alerte que personne ne comprend ou qui n’arrive qu’après le drame perd une grande partie de son utilité.
La prévention passe également par l’information. Début octobre, des journalistes de radios communautaires ont été formés à Kinshasa à la communication environnementale, à la vérification des informations et à la gestion des urgences climatiques. Une initiative qui rappelle que les médias peuvent faire davantage que raconter les catastrophes : ils peuvent contribuer à les prévenir.
Car derrière chaque catastrophe, il y a des vies, des histoires, des familles et parfois des années d’efforts réduites à néant. Une maison emportée par les eaux, ce n’est pas seulement un bâtiment perdu. C’est aussi un espace de mémoire, de sécurité et d’espoir qui disparaît.
En cette Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe, la RDC gagnerait donc à faire de la prévention une préoccupation quotidienne. Dans les quartiers, les écoles, les marchés et les villages, chacun devrait pouvoir connaître les risques auxquels il est exposé et les moyens de s’en protéger.
La véritable résilience ne consiste pas seulement à se relever après une catastrophe. Elle consiste aussi à éviter, autant que possible, que celle-ci nous mette à terre.
Et si, cette fois, nous choisissions de prévenir avant d’avoir à pleurer ?
