article comment count is: 0

À l’ère de l’I.A., être écrivain, est-ce encore être auteur ?

Depuis des millénaires, écrire des livres demeure un exercice délicat, longtemps réservé à une minorité, voire aux érudits. Le cercle des auteurs, pour ne pas dire des écrivains, était très restreint. L’évitement ou le choix de l’un entre les deux concepts est voulu et prémédité. Au vu de l’argumentaire qui va suivre, il est possible de mieux affirmer cette position.

Est-il qu’à l’ère de l’intelligence artificielle, le nombre d’écrivains augmente, voire même galope. Tout de même, le débit de production d’ouvrages devient de plus en plus impressionnant. Le doute plane sur la nature de cette célérité. Or, le mode opératoire des I.A. est marqué par ces automatismes visant à générer des contenus dans un laps de temps. Peut-on d’emblée dire qu’il existe un lien entre ces productions et les outils de l’I.A. ? Il serait aberrant de le confirmer si facilement. Mais il est vrai que l’I.A. a bouleversé les habitudes de plus d’un écrivain. Le fait qu’elle offre certains avantages pousse certains à la dérive, en se contentant des procédés qui offrent une marge de facilité, le moindre effort. Là, nous faisons allusion à ceux qui formulent ce type de prompts : « Écris-moi un livre sur cette thématique… bouleverse tout ce que j’ai écrit, j’ai confiance en toi, surprends-moi avec des écrits de hauteur, tu peux gonfler le volume de mon récit, je le trouve court, or je veux faire un roman écrit comme celui d’un auteur prolixe. »

Des utilisateurs pareils de l’I.A. sont-ils auteurs ou écrivains ? Dans un tel processus, quelle est la place centrale de la création ? Une œuvre qui ne ressemble pas à son soi-disant auteur lui appartient-elle ? Ou bien son contenu et sa marque devraient-ils être attribués à autrui ? C’est abusif que quelqu’un qui use de ce type de procédés s’appelle auteur.

Un auteur, c’est celui qui crée, qui efface, qui refait, qui poudre une œuvre, qui la malaxe s’il le faut pour faire jaillir le beau et les sillons de profondeur. L’écriture, c’est une consécration, un acte par lequel un auteur libère les graines de son intuition, pour faire germer des pensées subtiles, à même d’impacter et de se perpétuer dans le temps comme vecteurs de nouveaux principes, de nouvelles méthodes, de nouvelles manières d’être qui puissent façonner l’humanité.

En restant figé sur ce que propose l’I.A., sans une remise en question, sans une dose de créativité, le risque est de se limiter à ce qui existe déjà. Il n’y aura plus de place pour de nouveaux apports dans l’univers créatif. La production de textes pourrait alors augmenter considérablement sans que la création, elle, connaisse nécessairement la même progression.

Et si, en lisant ces analyses, on était tenté de se dire qu’on brandit des lignes qui minimisent l’apport de l’I.A. ou qui sapent tout ce qu’elle représente à l’ère de la révolution des nouvelles technologies, alors on s’écarte de la visée et de la portée de ce langage. L’idéal ici serait d’accepter que, dans la mesure où certains auteurs voudraient considérer l’I.A. comme le maître, qu’ils se mettent alors dans une posture d’élèves avertis, ceux qui sont à même de cogiter pour tirer l’essentiel de ses bonnes leçons.

D’ailleurs, s’il faut émettre un vœu, ce serait que l’humain prenne l’I.A. comme outil d’appoint, une sorte d’auxiliaire à la création qui, par ses automatismes, peut faciliter la finalisation rapide de certains travaux, et non leur conception intégrale.  Le nœud du problème est dans la délégation de l’acte créatif.

Sinon, lorsque la création perd de vitalité, on ne parlera plus d’auteurs, on parlera de ces écrivains, donc de ceux qui exercent le métier d’écrire tout simplement, sans héberger les compétences créatives en amont, qui leur donnent la qualité de petits dieux, de créateurs, ceux qui sortent des œuvres du néant. La plus grande fierté ne sera plus, à la longue, d’être simplement considéré comme écrivain, mais d’être pris pour un auteur, voire même un auteur fécond. Car il est vrai qu’on peut être à la fois écrivain et auteur, mais il est tout de même possible d’être écrivain sans être auteur.

Cependant, toutes ces réflexions sont axées et circonscrites au cadre de la création, là où les grands schémas exigent la force de la création. Elles ne sauraient donc être transposées à tous les domaines dans lesquels le concept d’auteur est exploité, étant donné que le terme « auteur » lui-même prête à équivoque et peut revêtir des significations différentes selon les contextes dans lesquels il est employé.

 

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion