Confier les clés du Fonds Minier pour les Générations Futures à Kalaa Mpinga, homme d’affaires au parcours jalonné d’âpres conflits d’actionnaires, réactive les inquiétudes sur la gestion des deniers publics. Face aux risques de détournement de la mission statutaire de cet établissement, la société civile congolaise dispose de leviers pouvant imposer la redevabilité. C’est ma conviction.
Créé pour garantir l’après-mine en République Démocratique du Congo, le Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN) incarne une promesse fondamentale. Celle de transformer l’épuisement des ressources extractives en un capital durable pour les citoyens de demain. Alimenté par des millions de dollars issus de la redevance minière, ce fonds constitue un pilier stratégique de la souveraineté financière du pays.
Pourtant, la nomination de Kalaa Mpinga à la présidence du Conseil d’Administration (PCA) suscite de vives réserves. Évincé du groupe Mwana Africa en 2015, cet homme d’affaires traîne un historique de conflits d’actionnaires et de controverses de gestion, notamment au sein de la MIBA ou de PHC. Dans un établissement public déjà fragilisé par un déficit chronique de transparence, ce profil pose une question urgente. Comment la société civile peut-elle empêcher qu’une gouvernance défaillante n’hypothèque l’avenir des générations futures ?
Des faiblesses structurelles à surveiller
Pour agir efficacement, les organisations citoyennes devraient d’abord poser un diagnostic rigoureux sur les vulnérabilités du fonds.
D’abord, l’opacité financière. Malgré la loi n°08/009 du 7 juillet 2008, le décret n° 19/17 du 25 novembre 2019 et le décret de 2023 imposant la publication régulière des états financiers, l’accès aux flux réels de trésorerie reste difficile. Une défaillance régulièrement dénoncée par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE-RDC) citée notamment par business-humanrights.org.
Ensuite, le détournement de mission. Le Code minier de 2018 destine exclusivement les ressources du FOMIN à la recherche géologique et aux projets de développement durable. Or, des décisions ministérielles ont réorienté ces fonds vers des infrastructures étatiques hors mandat, à l’instar du projet hydroélectrique de Katende.
Face à ces risques, placer à la tête du Conseil d’Administration une personnalité habituée aux bras de fer décisionnels exige un contrôle citoyen accru pour éviter que les arbitrages de court terme ne l’emportent sur l’intérêt général.
Des leviers d’action concrets pour la société civile
Empêcher la dilapidation des fonds ne relève pas d’une simple protestation, mais d’un travail de contrôle technique, juridique et médiatique rigoureux. Le premier levier repose sur la saisine des institutions de contrôle. En saisissant officiellement l’Inspection Générale des Finances (IGF) et la Cour des Comptes par exemple, la société civile contraindra ces organes à diligenter des audits indépendants. Cette démarche permet de convertir de simples soupçons en preuves juridiques devant l’opinion et la justice.
Le deuxième axe d’action réside dans l’usage stratégique du cadre légal. Les ONG spécialisées dans le secteur extractif disposent des bases juridiques nécessaires pour engager des recours administratifs ou des actions en justice. Ce serait notamment contre toute résolution du Conseil d’Administration qui violerait la destination statutaire des ressources. La loi encadre l’affectation de chaque dollar du FOMIN. Le rôle des citoyens est d’en faire respecter la portée impérative.
Enfin, l’action citoyenne devrait s’appuyer sur la pédagogie et la sensibilisation populaire. Pour le journaliste comme pour le militant, l’enjeu consiste à traduire la complexité des chiffres en réalités concrètes. Démontrer que chaque dollar mal géré au FOMIN représente un investissement en moins pour le futur du pays permet de mobiliser l’opinion publique et de transformer la pression populaire en un frein contre les dérives de gestion.
Vers un contrôle citoyen institutionnalisé
La gestion des ressources extractives congolaises ne devrait plus reposer sur la seule confiance accordée aux dirigeants. L’arrivée de Kalaa Mpinga au FOMIN doit servir d’alarme pour instaurer une nouvelle approche : celle d’un contrôle citoyen contraignant.
En combinant expertise technique, recours en justice et mobilisation de l’opinion publique, la société civile a le pouvoir de transformer le FOMIN d’une caisse noire potentielle en un véritable fonds souverain intergénérationnel.
