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[Tribune] Phénomène Ujana : non aux abus commis au nom de la répression

Face aux dérives constatées depuis un temps de la part des forces de l’ordre lors de la répression du phénomène Ujana à Kinshasa, les associations Afia Mama, Si jeunesse savait, Habari RDC et Jeunesse pour une nouvelle société (JNS) publient une tribune pour interpeller l’autorité quant à ce.

A Kinshasa, la question de la délinquance des jeunes filles mineures défraye la chronique au point de faire partie des sujets abordés lors des réunions officielles du gouvernement provincial. Appelées Ujana, ces mômes seraient devenues les reines des parties fines dans les bars et night-clubs de la capitale congolaise. Face aux réactions indignées de nombreux citoyens, une « association de défense de droit de l’Homme » a écrit aux autorités pour réclamer leur implication qui vire, malheureusement, à la répression. En effet, depuis quelques jours, l’hôtel de ville de Kinshasa a lancé une campagne de répression en mettant les forces de sécurité à profit.

Il convient de noter que tout le monde n’est pas en mesure de donner une définition claire de ce qu’on entend par « Ujana ». Pour les uns, il s’agit de très jeunes filles adeptes d’accoutrements propres aux prostituées (corsage très échancré porté sans soutien-gorge, minijupe, aversion pour le port du sous-vêtement, etc) et qui ont choisi un mode de vie libertin notamment en matière sexuelle. Pour d’autres, il s’agit juste d’un phénomène de dépravation des mœurs qui menace la stabilité même des familles. Ces filles auraient pour mission prioritaire de cibler les pères de famille pour les embarquer dans leurs aventures. Il y a donc un flou total que ni les articles publiés dans les médias, ni les rapports des associations sur le terrain n’ont permis de lever.

Rien de nouveau dans la ville

Avérée ou pas, la prostitution des mineures à Kinshasa ne date pas d’hier. Déguisée ou ouvertement assumée, c’est un mal que la société congolaise n’a pas su prévenir ou empêcher. Il est dès lors faux de prétendre que c’est un nouveau phénomène qui est né dans un environnement marqué par un haut degré de moralité. A diverses époques, la prostitution des mineures ou leur participation à des activités qui choquent une certaine morale a été baptisée différemment. Point n’est besoin ici de rappeler des mots et expressions et d’engager un débat qui n’a pas lieu d’être.

Comme évoqué plus haut, l’hôtel de ville de Kinshasa a décrété la répression du phénomène, sans qu’aucune véritable réflexion n’ait été faite à ce sujet. On choisit de résoudre une question de société aussi importante par une démarche sécuritaire. Le risque d’abus de la part des forces de l’ordre n’est pas à exclure. En dépit des garanties données par les autorités comme l’envoi sur le terrain des personnels exclusivement féminins, plusieurs témoignages font état de jeunes filles interpellées au seul motif qu’elles ont « des accoutrements inacceptables ». Ceci peut conduire à de grosses violations de droit de l’Homme si l’on n’y prend garde. Encore que la notion de ce qu’il convient d’appeler « accoutrement léger ou indécent » n’est nulle part clairement définie dans les lois congolaises, et paraît réduite à la seule appréciation de l’agent de l’ordre à l’origine de l’interpellation.

Une jeune fille mineure est par essence une personne fragile qui a besoin d’être protégée. Le fait qu’elle se livre à la prostitution n’en fait pas une criminelle qu’il faut punir. Dans tous les cas, une enfant de moins de 18 ans qui se prostitue est une victime et non une coupable selon la loi numéro 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal dans son article 172. Les vrais coupables sont ceux qui « paient ses services ». Selon la loi numéro 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal dans son article 174, les pouvoirs publics n’ont-ils pas, eux aussi, la mission de protéger l’enfance et de répondre préventivement à ce qu’il convient d’appeler la délinquance juvénile ?

Bref, réprimer le phénomène Ujana en prenant des mesures punitives exclusivement contre les jeunes filles impliquées revient à punir les victimes et laisser de côté les vrais coupables.

 


A relire : Non, toutes les filles qui s’habillent légèrement ne sont pas des Ujana

 

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