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J’ai été violée, ma mère préfère garder le silence

Plusieurs injustices commises à l’encontre des femmes restent  impunies. Les violences sexuelles en font partie. Opter pour le silence plutôt que  dénoncer son agresseur est parfois l’unique option pour la femme de peur qu’elle soit rejetée par sa famille. Mais quand il s’agit d’un acte commis sur une adolescente, doit-on vraiment se taire ?

À Bukavu au Sud-Kivu, une fille a été violée. Neema c’est son nom. Pourtant, sa mère a opté pour le silence. « C’est pour préserver la réputation de ma fille », dit-elle. Mais comment une mère peut-elle laisser impuni cet acte ignoble ? A qui la victime doit-elle recourir ? Que va-t-elle faire pour retrouver mener une vie normale ?

Le viol, un secret à préserver à tout prix ?

Dans notre société, le viol est considéré comme un sujet tabou. Se faire agresser sexuellement demeure une honte pour la famille et pour la société. Pour se conformer aux coutumes, on tolère parfois l’intolérable. Voilà pourquoi la mère de Neema a décidé de ne pas révéler le viol de sa fille. Et le violeur reste impuni.

La victime explique ce qui s’est passé : « J’étais encore trop jeune quand cela m’est arrivé. Je suis la cadette d’une famille de cinq enfants. Nous vivions dans une famille ou le père était  quasiment toujours absent. On ne le voyait qu’a des occasions spéciales.

Pour nouer les deux bouts, ma mère tenait une buvette et j’y passais beaucoup plus de temps car ce n’était pas loin du domicile familial.

Un jour, ma mère a embauché un jeune homme (gérant) afin de l’aider pour qu’elle puisse bien s’occuper du ménage. C’est ce jeune homme  qui a abusé de moi un soir ou ma mère était  absente de la buvette.

J’accourais vers maman parce que ma jupe était toute tâchée de sang. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je n’avais que quatorze ans. Quand j’ai fini de  tout raconter à ma mère, elle m’a chuchoté à l’oreille : « Tais-toi et ne dis  ceci a personne d’autre ! »

Ce n’est que des années plus tard  que la jeune Neema a compris que sa mère avait préféré garder secret ce viol pour préserver sa réputation. Dans une ville comme Bukavu, il y a des secrets qui doivent  être  préservés à tout prix. C’est le cas d’un viol.

Je pense qu’il ne faut pas condamner entièrement la mère de la victime, car parfois c’est le jugement de la société qui pousse à agir de cette manière. Elle a simplement eu peur qu’en révélant l’histoire cela ne nuise à l’avenir de sa fille. On sait que rares sont les hommes qui accepteraient de prendre en mariage une fille violée.

Le viol est un acte à dénoncer 

Ne pas dénoncer son agresseur est une façon de le protéger. Mais les victimes de viol sont parfois contraints de se taire comme le cas de Neema. Elle n’était qu’une gamine. Et pour un enfant, la décision d’un parent est toujours la meilleure. Le viol doit cesser d’être  considéré comme un sujet tabou pour que les victimes puissent obtenir de l’assistance dont elles ont besoin.

Tant que le viol sera un tabou, il sera difficile, voire impossible d’éradiquer  cet acte horrible qui va l’encontre des droits de la femme. La femme est maitresse de son corps, personne n’a le droit de décider à sa place.

 

 

 

 

« Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence Suédoise de Développement International (ASDI), de l’USAID, la coopération suisse, ainsi que des gouvernements suédois, des États-Unis et suisse. »

 

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