Mme Tatiana Mukanire, survivante de violence et presidente du mouvement, Bukavu, 2019, @ Dona Moleka
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Briser le silence ou se taire, le dilemme des survivantes des viols en RDC

Se battre jusqu’à la dernière minute, les victimes des violences sexuelles, qui ont refusé de se taire, ont pris cet engagement. Devenues parfois le fer de lance de l’égalité des genres et de la dignité des femmes marginalisées, leur courage leur est tout aussi nuisible que le fait de se taire.

C’est un dilemme dans lequel se retrouvent souvent les femmes qui ont subi des violences sexuelles. Briser le silence ou se taire ? Pourtant, cette dernière option enfonce presque toujours les victimes, tandis que parler relève souvent de la peur d’être jugée. Bref, cela ne profite que faiblement aux femmes. « A chaque fois qu’une femme se lève pour elle-même, sans le savoir, sans le prétendre, elle se lève pour toutes les femmes », écrivait l’écrivaine américaine Maya Angelou.

Depuis 2018, les femmes qui ont subi les viols se sont réunies au sein du Mouvement national des survivantes. Une association parmi celles qui étaient jadis la risée de toutes les communautés et qui s’assurent désormais une intégration réussie, notamment dans le Sud-Kivu. Poétesses, psychologues, cadres dans les ONG, enseignantes à l’Université, … aucune carrière ne résiste à ces femmes « battantes » qui passent avec brio du statut de victimes à celui de leaders dans la société.

Cela apparaît surtout comme une résultante de leur volonté de « briser le silence » sur le viol. Puis, leur volonté de militer pour la reconstruction des vies de plusieurs autres survivantes qui ne peuvent dire leur mal. Ainsi, ces femmes voudraient que cesse aussi le viol, naguère utilisé comme arme de guerre.

Tais-toi et meurs

Il est vrai que le discours de ceux et celles qui luttent contre les violences sexuelles dérange. Parfois, on a vu des menaces contre le gynécologue Denis Mukwege engagé dans ce combat. Les dénonciations sont vues par certains dirigeants comme nuisibles à l’image de la RDC. Au lieu de lutter efficacement contre ce danger, ces dirigeants voudraient qu’on se taise et que rien ne soit dit sur ces violences.

Souvent on entend dire : comment allons-nous attirer les investisseurs ou exploiter le potentiel touristique de notre pays avec des messages très alarmants sur la sécurité, les viols et les tueries ? Pour de tels leaders, gagner de l’argent seul compte ; peu importe les circonstances dans lesquelles cela se réalise. Même si cela détruit des vies, des familles.

Mais comment, humainement parlant, se taire quand un individu arme une milice qui se rend ensuite responsable de dizaines de viols, même des bébés ? On ne devrait pas perdre de vue les 600 crimes commis en RDC de 1993 à 2003 répertoriés par le rapport du projet Mapping élaboré par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et qui restent jusque-là impunis.

Il me semble que chercher coûte que coûte à attirer les investisseurs et à promouvoir l’industrie du tourisme dans l’est de la RDC sans tenir compte du respect des droits de l’homme n’arrange rien pour l’image de notre pays. Car les touristes, s’ils viennent, finiront par se rendre compte des tristes réalités qu’on veut couvrir. Ce sera alors ridicule si les critiques partaient d’eux. Or jusqu’ici, le principe semble malheureusement, comme le dit le titre d’un livre du Congolais (Brazza) Alain Mabanckou : Tais-toi et meurs. 

 

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