Un cas de justice populaire dans un quartier.
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Mbujimayi : justice populaire ou barbarie populaire ?

Depuis la faillite de la Miba et la chute des cours du diamant, principale richesse du Kasaï, une forte crise économique sévit à Mbujimayi donnant lieu à une criminalité sans précédent. Vol à mains armées, braquages, confiscation des motos, cambriolages, viols, attaques contre des changeurs de monnaie en plein jour… L’inaction de l’État pousse la population à se faire elle-même justice. 

De grosses sommes d’argent (en dollars ou en francs congolais) ravies en pleine rue. L’insécurité est devenue le lot quotidien des Mbujimayens. Aucune des cinq communes de la ville n’est épargnée. Différents cas sont régulièrement rapportés par la presse locale. Mais ce qui m’intrigue c’est le fait que pour se venger, la population recourt à la vindicte populaire. Elle utilise l’essence ou les moustiquaires pour brûler de présumés criminels. Malheureusement, les victimes de cette justice populaire sont souvent des innocents.

Je vous raconte quelques cas parmi tant d’autres où des citoyens ont été tués à Mbujimayi sur la base de simples soupçons, alors qu’ils étaient innocents.

Le 10 juin 2019 dans la commune de Diulu à Mbujimayi, un jeune homme, débrouillard dans un garage de la place, a été tué par une meute de jeunes gens déchaînés. Ils l’accusaient de vol de moto. Pourtant, le garçon était un élève en mécanique dans une école bien connue à Mbujimayi. Il a été passé à tabac et brûlé vif sur le boulevard Laurent Désiré Kabila. Certaines parties de son corps ont été amputées par la foule en colère.

Mais toutes les enquêtes faites par la police ont révélé que le pauvre n’était qu’un innocent. Il s’était simplement tiraillé avec un conducteur de moto-taxi sur le prix du transport. Le conducteur a crié au secours estimant que le garçon était un bandit. Au lieu de chercher à comprendre ce qu’il s’était passé, la foule sans âme ni conscience, s’est ruée sur le garçon et l’a tué par le feu. Le corps a été inhumé par les services de la bourgmestre de la commune de Diulu.

Même scène au quartier Ciaciacia dans la commune de la Kanshi. Encore un présumé voleur brûlé vif, sans qu’aucun tribunal n’ait établi sa culpabilité.

Non loin de là, un homme a été jeté dans la rivière Lubilanji où il s’est noyé après une souffrance atroce. Il ne savait pas nager. Que dire de cet opérateur économique assassiné la nuit du 28 au 29 juin au site Cibombo dans la commune de Bipemba.

Cette liste macabre des personnes exécutées par la vindicte populaire n’est pas exhaustive. De telles méchancetés n’existaient pas au Kasaï, jusqu’à ce qu’on les a vécues lors de la guerre de Kamuina Nsapu. Faire couler le sang sans foi ni loi ! Non mes frères ! Arrêtez cette justice populaire anarchique. Laissez l’État juger les présumés criminels et les condamner si leur culpabilité est établie. Pourquoi régler un crime par un autre crime ?

 

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