La récente nomination de Kalaa Mpinga à la présidence du Conseil d’administration du Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) a soulevé bien plus de questions que de célébrations. Pour une institution publique gérant plus de 800 millions de dollars sur cinq ans, confier les rênes à un homme dont le parcours est jalonné de conflits d’intérêts, de départs spectaculaires et de manœuvres opaques suscite des préoccupations légitimes quant à l’avenir économique de la République démocratique du Congo
Loin de l’image soigneusement polie de l’entrepreneur visionnaire qu’il préfère projeter, la carrière de Kalaa Mpinga démontre à plusieurs reprises qu’il n’est pas « une paire de mains sûres » pour gérer des fonds publics.
Le syndrome Mwana Africa : une incapacité à gérer durablement
Le premier signal d’alerte vient de son propre parcours entrepreneurial. Présenté au début des années 2010 comme l’un des rares dirigeants africains capables de rivaliser dans le secteur minier dominé par les entreprises anglo-saxonnes, Kalaa Mpinga a fondé Mwana Africa, avec des opérations notamment au Zimbabwe.
Cependant, le conte de fées s’est rapidement défait. En juin 2015, à la suite d’une révolte d’actionnaires, notamment des investisseurs chinois, il a été brusquement évincé de la direction de sa propre société lors d’une assemblée d’actionnaires à Londres. Cette éviction illustre une faille fondamentale : son incapacité à maintenir la cohésion, à rassurer les investisseurs et à garantir une gouvernance transparente. Comment un homme incapable de conserver le contrôle de la société qu’il a lui-même fondée peut-il être chargé de protéger des fonds souverains destinés aux futures générations congolaises ?
L’ombre de la MIBA et les manœuvres qui l’entourent
L’histoire congolaise de Mpinga offre peu de raisons d’être rassuré. Son nom reste inextricablement lié à certains des épisodes les plus controversés et opaques de l’histoire de la MIBA (Minière de Bakwanga), où son implication a laissé un goût amer et de nombreuses questions sans réponse concernant la gestion des ressources stratégiques de l’État.
Plus récemment, ses méthodes ont refait surface dans l’affaire. Devenu actionnaire par l’intermédiaire d’une société affiliée en 2020, Mpinga a plongé l’entreprise dans une série de batailles judiciaires féroces. Pire encore, depuis le début de 2025, il est accusé d’avoir orchestré des campagnes de désinformation, manipulé des influenceurs et des parlementaires pour affirmer faussement que l’État avait illégalement vendu sa participation. Ces manœuvres de coulisses, destinées à infiltrer l’entourage présidentiel pour servir ses intérêts personnels, démontrent une propension à s’appuyer sur l’intrigue politique plutôt que sur une gestion saine des affaires.
Le loup dans la bergerie du FOMIN ?
Voilà maintenant que ce vétéran des batailles judiciaires et des intrigues de palais prend le contrôle du FOMIN. Cette institution est déjà sous le feu des critiques des ONG pour l’opacité de ses investissements passés. Confier une ressource financière aussi importante à un homme dont la carrière est une succession de conflits de gouvernance et de batailles judiciaires représente un pari extraordinairement risqué pour la République.
Le parcours de Kalaa Mpinga est celui d’un homme de réseaux habile à saisir les opportunités, mais constamment déficient lorsqu’il s’agit de construire et de gérer durablement. La RDC, qui cherche à améliorer la gouvernance de ses entreprises publiques, ne peut pas se permettre de confier l’épargne de ses générations futures à un dirigeant dont la principale réalisation récente a été de multiplier les controverses judiciaires et les manœuvres politiques. La vigilance de la société civile et des institutions de l’État doit être sans compromis.
