La nomination de Kalaa Mpinga comme Président du Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) représente un pari dangereux avec l’actif le plus précieux du Congo : sa richesse minière. Cette décision menace non seulement la crédibilité du fonds, mais aussi les intérêts économiques à long terme de la nation. Le gouvernement congolais a commis une grave erreur, qui exige une reconsidération immédiate.
Le FOMIN a été établi avec un objectif unique et noble : faire en sorte que les ressources minérales finies du Congo génèrent une prospérité durable pour les générations futures plutôt que d’enrichir quelques privilégiés dans le présent. Le fonds détient plus de 800 millions de dollars de revenus accumulés, des ressources qui appartiennent à chaque citoyen congolais, du plus pauvre mineur artisanal du Kasaï à l’écolier de Kinshasa qui héritera de ce qui restera de la richesse géologique de la nation. Ce n’est pas de l’argent avec lequel on peut jouer. Ce n’est pas un prix à attribuer à des individus politiquement connectés. Pourtant, c’est précisément ce que le gouvernement a fait.
Le parcours de Mpinga le disqualifie pour une telle responsabilité. Sa carrière n’est pas marquée par une gestion réussie des ressources publiques, mais plutôt par un schéma d’enrichissement personnel, d’entreprises échouées et de manœuvres controversées. Lorsqu’il dirigeait Mwana Africa, une société qu’il avait fondée pour exploiter des gisements miniers africains, l’aventure a fini par s’effondrer. Des actionnaires chinois l’ont écarté en juin 2015, une sortie humiliante qui a révélé des failles fondamentales dans son jugement et son leadership en affaires. Ce n’était pas une transition élégante ; c’était une expulsion de sa propre société. Pour un homme cherchant à gérer un fonds souverain, cet échec aurait dû être disqualifiant.
Mais Mpinga ne s’est pas retiré de la vie publique. Il s’est plutôt tourné vers des entreprises de plus en plus opaques. Son implication dans le consortium de relance de la MIBA, qui a spectaculairement échoué en 2024, a laissé les observateurs dans la confusion quant à ses contributions et à son rôle réels. Plus troublant encore, depuis 2025, il a orchestré des manœuvres en coulisses avec des politiciens, des journalistes et des influenceurs pour faire avancer ses intérêts, des tactiques qui n’ont rien à voir avec une gestion saine des affaires et tout à voir avec l’intrigue politique.
Le problème fondamental est le conflit d’intérêts. Un homme qui a passé trois décennies à poursuivre des entreprises minières personnelles ne peut pas gérer impartialement un fonds conçu pour protéger la richesse minière de la nation contre l’exploitation. Chaque décision que Mpinga prendra au FOMIN sera vue à travers le prisme de son portefeuille minier personnel. Favorisera-t-il certaines régions minières ? Prendra-t-il des décisions qui bénéficient à des entreprises dans lesquelles il détient des participations ? Utilisera-t-il sa position pour recueillir des renseignements sur des gisements minéraux en vue de futures entreprises personnelles ? Ce ne sont pas des questions paranoïaques ; ce sont des préoccupations raisonnables au regard de son histoire.
L’expérience internationale démontre les dangers de telles nominations. Les fonds souverains réussissent lorsqu’ils sont dirigés par des personnes n’ayant aucun intérêt financier personnel dans les secteurs qu’elles supervisent. Ils échouent lorsque la direction devient un véhicule d’enrichissement personnel ou de favoritisme politique. Le Government Pension Fund norvégien, largement considéré comme le fonds souverain le mieux géré au monde, maintient des normes strictes de gouvernance et nomme ses dirigeants sur la base de l’expertise et de l’intégrité, et non des connexions politiques. Le FOMIN du Congo mérite le même standard.
Le gouvernement congolais avait l’occasion de démontrer son engagement en faveur d’une gouvernance transparente et responsable. Il aurait pu nommer une personne sans intérêts miniers personnels, un technocrate indépendant, un expert international ou un professionnel congolais respecté, non entaché par des entreprises minières commerciales. Au lieu de cela, il a choisi un homme dont toute la carrière a été définie par la poursuite de la richesse minière. Le message envoyé est sans équivoque : au Congo, la ligne entre service public et gain privé reste dangereusement floue.
Les conséquences seront graves. Les investisseurs internationaux et les partenaires au développement questionnent déjà la gouvernance du FOMIN. La nomination de Mpinga approfondira leur scepticisme. Les organisations de la société civile qui réclament un audit des 800 millions de dollars du fonds se demanderont désormais si cet audit peut être mené de manière impartiale sous sa direction. La crédibilité du fonds, essentielle à son succès à long terme, a été endommagée avant même qu’il n’ait véritablement commencé.
La richesse minérale du Congo est finie. Une fois extraite, elle disparaît pour toujours. La nation n’a qu’une seule occasion de gérer cette transition avec sagesse, de transformer les richesses géologiques en prospérité durable. Confier cette responsabilité à Kalaa Mpinga revient à gaspiller cette opportunité. Le gouvernement doit reconsidérer cette nomination. L’avenir des générations congolaises en dépend.
