Moïse Kyavu est un jeune vivant dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Étant donné le débat actuel sur l’avenir de notre Constitution, il a tenu à adresser un message sans ambiguïté au président de la République : son héritage ne peut être jugé à travers le nombre d’années passées au pouvoir, mais plutôt à travers le respect de ses engagements. Découvrons sa lettre.
Monsieur le Président,
La grandeur d’un pouvoir ne se mesure ni par la durée d’un règne, ni par la puissance d’un appareil politique, mais par le respect du peuple, des lois de la République et de l’histoire. Pendant que l’Est de la République Démocratique du Congo continue de saigner sous les violences, les déplacements forcés et l’insécurité, le peuple congolais attend d’un dirigeant la restauration de la paix, de la justice et de l’unité nationale. Aucune légitimité politique durable ne peut être construite sur la souffrance d’un peuple ni sur l’entretien d’un climat permanent de guerre et de peur.
Monsieur le Président,
La Constitution n’est pas un instrument au service des ambitions individuelles. Elle constitue le socle de notre pacte républicain et la garantie de l’alternance démocratique. Vouloir modifier les principes fondamentaux liés à la limitation du pouvoir pour ouvrir la voie à un troisième mandat serait un acte profondément incivique, dangereux pour la stabilité nationale et contraire à l’esprit démocratique. L’histoire récente de notre pays devrait pourtant nous servir de leçon. Beaucoup d’hommes et de femmes dits de Dieu, plusieurs acteurs politiques ainsi que certains concitoyens avaient déjà soutenu votre prédécesseur, Joseph Kabila, dans ses ambitions de conservation du pouvoir. Non pas toujours pour l’intérêt supérieur de la Nation, mais souvent pour des intérêts égoïstes, fragiles et circonstanciels. Aujourd’hui encore, les mêmes logiques de mêmes personnes réapparaissent au détriment de la volonté du peuple congolais. Mais la République ne peut être prise en otage par des intérêts particuliers.
L’article 21 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme clairement : « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics.» De même, l’article 5 de la constitution de la République démocratique du Congo dispose: « La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et indirectement par ses représentants. » Ces principes rappellent une vérité fondamentale : le pouvoir n’appartient ni à un homme, ni à un parti politique, ni à une catégorie de privilégiés. Le pouvoir appartient exclusivement au peuple congolais. Et pendant cette période où une partie de la République est sous gestion étrangère, échappant à votre autorité, ni le changement de la constitution, ni l’organisation des élections ni la tenue d’un référendum ne peuvent être possibles car la nation n’est pas unie.
Monsieur le Président,
Le Congo n’a pas besoin d’un pouvoir sans limite. Il a plutôt besoin d’institutions fortes, d’une justice crédible, d’une armée républicaine et d’un leadership capable de respecter les règles démocratiques même lorsque cela exige des sacrifices personnels.
Le véritable héritage d’un Chef d’État ne réside pas dans le nombre d’années passées au pouvoir, mais dans sa capacité à quitter ce pouvoir avec honneur, en laissant derrière lui une Nation plus forte, unie et des institutions respectées. Le peuple congolais mérite la paix. Le peuple congolais mérite le respect de sa Constitution. Le peuple congolais mérite une véritable démocratie.
Que la sagesse, le patriotisme et le sens de l’histoire guident vos décisions pour l’intérêt supérieur de la Nation.
Pour le Congo,
Pour la République,
Pour les générations futures.
Fait à Rutshuru, 14 mai 2026
Moise KYAVU
Activiste des Droits Humains
