Le 31 mars 2026, la République Démocratique du Congo a vibré. Des rues de Bukavu (occupé par les rebelles du M23) aux boulevards de Kinshasa, le retour tant attendu des léopards à la coupe du monde après 52 ans, a agi comme un puissant baume sur un corps social meurtri. Pendant 90 minutes face à la Jamaïque, il n’y avait plus de majorité, plus d’opposition, plus de clivage ethniques, ni de frontières entre l’Est ensanglanté et l’Ouest bouillonnant.
Il n’y avait qu’une nation unie derrière un onze national devenu le symbole d’une résilience collective. C’était donc l’occasion rêvée pour le leadership politique de s’effacer derrière la grandeur de l’instant en laissant le sport consolider le vivre ensemble. Hélas, la célébration de ce dimanche 05 avril 2026 au Stade des Martyrs a rapidement tourné à la mise en scène d’une opulence déconnectée, transformant un exploit patriotique en un outil de propagande malhabile.
Le mirage des cadeaux princiers
L’annonce par le Président de la dotation des parcelles, des véhicules et des primes présidentielles se voulait une démonstration de gratitude nationale. En réalité, elle agit comme le révélateur brutal des fractures sociales du pays. Dans une nation en guerre où la majorité des gens côtoie la précarité, cette générosité sélective financée par les deniers publics frise l’indécence.
Le football possède cette magie de niveler les classes sociales par l’émotion. En injectant soudainement des symboles de richesse extrême dans ce moment de communion, le régime a brisé le charme. Il a rappelé au peuple que si la victoire est commune, les dividendes, eux, restent l’apanage d’une élite ou de ceux que le pouvoir choisit d’élever au rang des privilégiés.
« Bongo Biso ?» : le cri de la fracture
La réaction de la foule n’a pas tardé. Ce cri « Bongo biso » (et nous alors ?), qui a déchiré l’air du stade, n’était pas une simple demande de charité. C’était le rappel cinglant que l’unité nationale ne se décrète pas à coups de cadeaux de luxe, mais se construit par la justice sociale et la redistribution équitable des ressources. En tentant de s’approprier le triomphe des léopards, le pouvoir a commis trois erreurs stratégiques majeures :
- Le pouvoir a altéré l’élan patriotique et la mobilisation nationale. Le supporter ne voit plus le héros sportif, mais l’instrument d’une communication politique.
- Le Pouvoir a accentué le sentiment d’injustice. Pendant que les joueurs reçoivent des titres fonciers, l’enseignant, le médecin et le soldat au front attendent toujours un salaire digne.
- Le pouvoir a fragilisé le symbole de l’unité. Le football, dernier rempart contre le tribalisme, est désormais entaché par les soupçons de clientélisme.
Somme toute, la récupération politique de cette qualification est une occasion manquée de transformer l’essai de la cohésion. Pour que les léopards continuent de porter les espoirs de la RDC, il est impératif que leurs victoires ne servent plus de paravent aux défaillances de gouvernance.
Le peuple a fêté ses héros mais il a aussi rappelé au dirigeant de marquer ses propres buts contre la pauvreté, la crise sécuritaire et l’instabilité.
