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« Mobutu » est mort à Lubumbashi !

J’ai sursauté à l’annonce de cette nouvelle pour le moins insolite. Mobutu est mort. Mais je n’ai pas tardé à comprendre, avec une profonde consternation, qu’il s’agissait d’un ami de fraîche date fort populaire à la commune de la Ruashi où il résidait, et au complexe scolaire « Anuarite » où il était enseignant, à Lubumbashi. Florent était son nom. Il devait son surnom à son habitude et à sa manière géniale d’imiter la voix et les gestes de l’homme de Kawele.

« Mobutu » totalisait vingt ans d’ancienneté sans interruption dans l’enseignement. Il avait choisi d’exercer l’un des plus nobles métiers qui soient, sinon le plus noble selon moi. Mais un métier ingrat dans notre pays. L’enseignant reste mal rémunéré en RDC en dépit de la somme d’énergie dépensée : préparation journalière des cours, tenue du journal de classe, composition et correction régulières des devoirs, interrogations et examens, relevé des points à la fin de chaque période, de chaque semestre et à la fin de l’année, sans oublier l’obligation de rester debout pendant des heures à parler voix haute… Un métier qui, depuis l’époque du vrai Mobutu justement, n’est plus que la cinquième roue du carrosse, la roue de secours…

L’enseignement exige ainsi beaucoup de sacrifice et relève pratiquement de l’apostolat. Toutefois, notre « maréchal » (titre qu’il aimait bien se donner lui-même) aimait ce métier. Il tenait à contribuer à une bonne formation de la future élite de la RDC.

L’enseignant combine plusieurs métiers pour survivre avec un salaire de misère

Métier mal rémunéré, disions-nous. Pour arrondir ses fins des mois, notre Mobutu ne voulait pas, à l’instar de nombre de ses collègues, donner cours dans plus d’un établissement, au risque de bâcler le travail, car « qui trop embrasse mal étreint », disait-il. Mobutu de Lubumbashi avait opté pour le préceptorat, après ses heures normales de cours, et ça lui permettait de mener une vie décente pour aider les membres de sa famille.

Pointilleux sur le plan de la discipline, dont il était chargé au complexe scolaire « Anuarite », il n’hésitait pas à faire gentiment des remontrances aux parents qui, à bord des « limousines », amenaient leurs enfants en retard à l’école. Alors que lui, pauvre enseignant, qui n’avait même pas une bécane et qui habitait si loin du centre-ville, arrivait toujours à temps à son poste. Parfois, lorsqu’il était en train d’attendre le bus pour aller à l’école, ce sont les enfants qui demandaient à leurs parents d’arrêter leur véhicule pour embarquer leur enseignant.

Mobutu aimé de ses écoliers à Lubumbashi

En effet, il était parvenu à se faire aimer de tous ses élèves. Avant qu’il ne quitte cette terre des hommes, il avait dû subir deux interventions chirurgicales, et ce sont ses élèves (qui ne voulaient pas voir mourir leur maître) qui avaient pressé leurs parents pour qu’ils se cotisent et prennent en charge le coût de la deuxième opération. Ce n’est pas son maigre salaire d’enseignant qui lui aurait permis de payer les mille dollars exigés par le chirurgien… Voilà un des plus beaux souvenirs qu’il gardait de son métier.

Florent, alias Mobutu, était un homme de cœur. Il entretenait de bonnes relations avec tout le monde. Le jour où je l’ai rencontré pour la première fois, il disait au téléphone à l’un de ses beaux-frères, qui lui devait depuis plus d’un an la somme de trois cents dollars, que le tribunal de Satan existe. Fort intéressé par un tel tribunal, je devais apprendre de mon nouvel ami que c’était des menaces en l’air, que la justice appartient à Dieu seul et que, de toute façon, il avait renoncé à la somme qu’on lui devait.

En imitant Mobutu, Florent faisait du théâtre sans le savoir peut-être, en ignorant que le vrai Mobutu avait fait de la politique un vrai théâtre. Cette mort brusque me pousse à me demander une fois de plus si la vie n’est rien d’autre en définitive qu’une vaste pièce, d’autant qu’il arrive, lorsque quelqu’un meurt, que l’on dise : « Il a tiré sa révérence ! » Je refuse, néanmoins, que la paupérisation de l’enseignant transforme notre beau métier en une piètre comédie.

 


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