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Mobutu est parti,  le mobutisme demeure

32 ans, c’est le nombre d’années qu’a duré le règne de Joseph-Désiré Mobutu Sese seko Kuku Ngbendo Wa Za Banga, notre ancien président, pour imposer sa dictature dans la société congolaise. Même mort, les effets du mobutisme continuent à se faire sentir.

Pour avoir organisé une journée de prières le 30 juin, mon cousin qui est pasteur, se voit convoqué par des personnes qui s’identifient comme agents de renseignement. « Suis nous au bureau », lui disent-ils, sans expliquer où ni pourquoi. « Où est votre mandat d’arrêt », demande-t-il sans comprendre exactement les raisons de leur présence. Après qu’ils aient brandi le dit mandat, ils le conduisent à leur bureau. Sur place, un officier de police judiciaire lui explique le motif de sa présence : « Tu es ici pour avoir organisé ton programme de prière le jour où le président prononçait le discours à la nation. C’est de la désobéissance civique et punissable par la loi. » La discussion se poursuit jusqu’à ce qu’on lui inflige une amende qu’il finit par payer pour éviter les ennuis.

Cette situation nous rappelle l’époque de Mobutu, « Mokonzi obe moko, parti obe moko, peuple obe moko » (un seul chef, un seul parti, un seul peuple), disait-il. Quand le président s’adressait à la nation, tout le monde était censé lui accorder une attention maximale. Tous les services publics fermaient et chacun était censé se rendre sur les lieux de son discours, dansant, chantant et buvant à la gloire de celui qui « vit à jamais », l’éternel (Seseseko).

Les pourboires des meetings 

Malheureusement, lors du meeting de la majorité qui s’est tenu récemment, pareille chose s’est encore produite. De passage près du stade où, quelques minutes avant venait de se tenir ce fameux meeting, un blogueur de Kinshasa rencontre des étudiants. Tee-shirts du PPRD enfilés, ils se partagent l’argent donné par les organisateurs pour garantir leur participation. Un peu plus loin, il croise des personnes qui se chamaillent au sujet du mauvais partage de la somme reçue. Comme à l’époque dictatoriale mobutiste, la participation aux meetings politiques n’est toujours pas une question de conviction, mais motivée par les pourboires qui sont donnés aux militants de circonstance. Les mêmes qui remplissent les meetings de l’opposition.

Les « mouvanciers » 

Dans cette longue liste des « effets Mobutu », nous retrouvons l’abus de position dominante. Dans le bus qui me conduit au centre-ville, une discussion éclate entre des passagers. Les uns sont pro-dialogues, les autres contre. Une bonne frange des passagers préfère rester calme, se contentant d’observer le déroulement de la discussion. Moi je fais parti de ce groupe silencieux, quand bien même l’issue du dialogue me semble incertaine. Au fur et à mesure que le bus avance, ce qui était un simple débat se transforme en une discussion intense et intéressante. Les esprits s’échauffent. Un monsieur, qui semblait maîtriser la langue de molière, finit par craquer et parle finalement en lingala. Il assène à son voisin de gauche : « Oyebi nga? Na kosimbisa yo epayi ya ba mbila, banika yo fimbu olapa », « Sais-tu qui je suis ? Je vais te faire arrêter pour t’apprendre le respect. »

Cette expression date de l’époque de Mobutu où l’on avait une classe de privilégiés qu’on appelait « mouvanciers » et a qui tout état soumis. Elle continue malheureusement à dominer nos quotidiens. La démocratie suppose des valeurs d’égalité, de respect, de liberté et de diversité d’opinions. Nos dirigeants qui se réclament démocrates devraient y penser, au lieu de se contenter de slogans sans effet. La démocratie se vit et se pratique. Nous en avons marre de l’écouter, nous voulons la vivre désormais.

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