Parade de la police à Kinshasa, lors de la céremonie d'investiture du président Felix Tshisekedi, Kinshasa 2019, @HabariRDC
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Permettre aux policiers d’entreprendre pour augmenter leur revenu

Le policier congolais et l’un de ceux qui reçoivent le pire traitement sur la planète terre. Certains ne reçoivent rien du tout, et ceux qui sont payés ne touchent pas assez pour couvrir les dépenses de leurs familles. La santé financière du policier congolais est alarmante. Mais le paradoxe de cette situation c’est que la loi lui interdit d’entreprendre ou de mener une activité lucrative.

Le policier congolais se trouve ainsi condamné à vivre exclusivement d’une solde mensuelle qui ne lui permet même pas de nouer les deux bouts. En plus, il n’a pas le droit de faire de l’entrepreneuriat. Ceux qui entreprennent le font en cachette. Je pense qu’en dehors de sa solde, le policier devrait être autorisé à gagner de l’argent en faisant légalement des activités génératrices de revenus. Mais cela lui est interdit.

Solde du policier : des calculs impossibles

Prenez un policier qui touche 80 000 francs congolais. C’est l’équivalent de 50 dollars américains. Dans la ville de Goma par exemple, la plus petite maison à louer coûte 10 dollars américains. Supposons que le policier loue une telle maison. Il a une épouse et 3 enfants. Comment fait-il pour nourrir sa famille de 5 personnes avec moins de 2 dollars par jour ? Comment va-t-il payer la scolarité de ses enfants ? Mathématiquement c’est impossible.

Pour pallier la modicité de leurs soldes, tous les coups sont d’office permis. Certains policiers n’hésitent pas à demander l’aumône dans la rue. Ceux-là sont ceux qui ont encore un peu de moral. Mais d’autres se lancent dans le vol, le banditisme, les extorsions des biens, etc. Et une dernière catégorie sombre dans l’alcoolisme et la drogue.

Le temps c’est de l’argent, mais pas pour le policier

A ne rien faire, on apprend à mal faire, dit un proverbe italien. Nous constatons souvent l’oisiveté des policiers congolais en dehors de leurs heures de service. Ils n’ont rien à faire, et cela les pousse à se livrer à des antivaleurs. Comme le temps c’est de l’argent, ne faudrait-il pas penser à comment occuper les policiers hors service par une activité entrepreneuriale ?

La loi N°13/013 du 1er juin 2013 portant statut du personnel de carrière de la police nationale congolaise, en son article 56, interdit au policier toute occupation, même accessoire, exercée par lui-même ou par personne interposée, qui serait de nature à nuire à l’accomplissement des devoirs de la fonction, à la dignité de celle-ci ou à assujettir moralement ou matériellement le policier à des intérêts privés. En plus, l’article 57-1 de la même loi interdit au policier de faire directement ou indirectement le commerce, de se livrer personnellement à la direction ou à l’administration d’une société, d’un établissement commercial ou industriel.

Mais il y a pire : la voix du policier congolais est étouffée par l’interdiction du droit de grève, de vote ou même d’adhérer à un syndicat. Les policiers ne peuvent exercer que certains métiers réservés aux érudits : magistrat, médecins, professeur d’université, etc. Rares sont ceux qui le font, car la plupart d’entre eux n’ont pas fait de grandes études.

Il faudrait que la loi permette aux policiers de faire de l’artisanat, de mener de petites activités génératrices de revenus. De cette manière, on combattrait mieux leurs dérapages !

Jonas Sindani

 

 

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