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Université de Kalemie : la faculté de médecine refuse de donner les relevés de côte aux étudiants qui veulent partir ?

Il y a quelques semaines, plusieurs étudiants de l’Université de Kalemie ont contacté la rédaction de Habari RDC pour, selon eux, se plaindre du refus de la faculté de médecine de donner les relevés de côte aux étudiants qui veulent quitter l’université pour poursuivre leurs études ailleurs. Nous vous partageons ici in extenso le billet d’un des étudiants qui a préféré garder l’anonymat. Il l’a intitulé : « Université de Kalemie : établissement d’enseignement supérieur ou prison ? »

Voici ce que l’étudiant nous a écrit :

« Dès que vous êtes inscrit à l’Université de Kalemie, on ne vous autorise plus à aller poursuivre vos études dans une autre université de votre choix. L’Unikal devient ainsi une véritable prison. On ne vous donne pas vos relevés de côte, c’est pour vous empêcher de partir. A moins que vous soyez de la tribu du vice-doyen ou membre de la famille d’une des autorité de l’université.

La gestion de l’Université de Kalemie et les actes de son comité de gestion et de différents membres des décanats inquiètent les étudiants. La faculté de médecine est gérée comme une boutique privée par un des doyens dont nous taisons le nom. C’est celui-là qui fait la loi. Alors que la faculté de médecine de l’Unikal a été déclarée non viable par le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, les étudiants sont condamnés à y rester par la volonté d’un seul homme.

La note circulaire numéro 033/MINESU/CAB.MIN/MNB/JCMV/RKK/NMS/2021 du 17/09/2021 adressée aux recteurs des universités du secteur public et privé, mais aussi  l’instruction académique 023 du ministère de tutelle à la page 25, spécifient les 16 facultés de médecine viables où les étudiants en médecine doivent poursuivre leurs études.

Après beaucoup de démarches et de lobbyings à la congolaise comme on le sait très bien, certaines facultés non viables ont été mises sous tutelle des facultés viables, mais avec interdiction formelle de recruter. La faculté de médecine de l’Unikal est l’une d’elles, pourtant elle est très loin de remplir le moindre critère pour mériter cette faveur. 99 % des cours du graduat jusqu’au troisième doctorat sont donnés par des assistants du premier mandat, donc des généralistes dont certains sont sans expérience ni diplômes. Certains venant de finir les études la même année, voire un ou deux ans plutôt. La seule condition que certains d’entre eux remplissent pour donner cours c’est le fait d’être de la famille du recteur, de sa tribu, etc. La faculté n’a par exemple que deux auditoires. Quel gâchis en plein 21e siècle ?

Vu tous ces problèmes, ainsi que la non viabilité de cette faculté de médecine, certains étudiants ont suivi le conseil du ministre de l’ESU leur demandant d’aller dans l’une des 16 facultés viables en RDC. Malheureusement, un des doyens de la faculté refuse de signer leurs relevés de côte pour les contraindre soit de poursuivre les études dans sa faculté non viable, soit de chômer. Car, il sait que sans relevés de côte, aucun étudiant ne peut être admis pour une inscription spéciale ailleurs et surtout dans une faculté viable.

Les rares étudiants à qui le vice-doyen accepte de donner les relevés sont soit de sa tribu, des proches des autorités de l’université, soit recommandés avec une corruption à la main. Une question qu’on se pose, faut-il que nous changions de tribu pour avoir nos pièces académiques ? Les relevés de côte, est-ce une faveur pour un étudiant ?

Le comble est qu’on refuse de donner les relevés même après que l’étudiant ait payé 20.000 francs congolais de frais de relevés. Il y a aussi des frais dont on ne donne aucun reçu. C’est notamment 5.000 FC comme main d’œuvre de celui qui saisit les relevés, 3.500 FC pour la signature, 1.500 FC de papier, 1.000 FC d’impression et 2.000 FC de transport. Ce qui fait un total de 33 000 francs pour un seul relevé de côte. Pourtant l’instruction académique 023 à la page 62 fixe le prix de relevé à seulement 2 dollars.

Après avoir payé tout ça, l’appariteur imprime le relevé, met la photo de l’étudiant et l’amène au vice-doyen pour signature et c’est là que ça bloque. C’est là que la tribu et la corruption jouent leur rôle…

Pour dénoncer cette bêtise, certains étudiants sont en train de rédiger une lettre à envoyer au ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, avec une copie au président de la République, au gouverneur de la province du Tanganyika et au président de l’Assemblée provinciale.  » Fin de citation.

Qu’a fait Habari RDC ?

La rédaction de Habari RDC a mené son enquête sur cette affaire pendant plusieurs semaines pour vérifier ces allégations. Et les témoignages que nous avons recueillis semblent confirmer cette version de l’étudiant. D’autres témoignages indiquaient que certains étudiants seraient même en train de « fabriquer » eux-mêmes leurs propres relevés de côte pour quitter l’Université de Kalemie.

Nous avons aussi interrogé au téléphone deux responsables de la faculté de médecine de l’Unikal. L’un d’eux, en l’occurrence le secrétaire facultaire, nous a répondu ceci en substance : « Le problème des relevés de côte s’est effectivement posé à un moment, parce que les responsables étaient en déplacement. Mais maintenant, le problème ne se pose plus. Les étudiants qui veulent leurs relevés de côte peuvent venir les chercher sans difficulté. »

Habari RDC a également contacté au téléphone un autre responsable de la faculté de médecine dont nous taisons le nom. Il s’agit de la personne incriminée dans cette affaire. Malheureusement, nous avons eu affaire à un homme qui ne voulait même pas écouter. Qu’à cela ne tienne. Nous avons fait notre travail de chercher deux sons de cloche. Jusqu’à aujourd’hui, certains étudiants de la faculté de médecine de l’Unikal qui veulent partir affirment que l’université continue de refuser de leur livrer les relevés de côte.

 

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