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Et si la paix permettait aux jeunes de rêver à nouveau ?

Quand on parle de paix, on pense souvent à l’absence de guerre, aux armes qui se taisent et aux violences qui cessent. Mais pour moi, la paix signifie aussi pouvoir se réveiller le matin avec la possibilité de croire en son avenir. À Goma, en République démocratique du Congo, cette question prend une dimension particulière pour de nombreux jeunes.

Je suis diplômée en droit depuis 2023. Comme beaucoup de jeunes de ma génération, après mes études, j’ai commencé à chercher des opportunités professionnelles. Je pensais qu’avoir terminé l’université serait le début d’une nouvelle étape. Pourtant, je me suis rapidement retrouvée face à une réalité décourageante : pour obtenir un emploi, on nous demande souvent de l’expérience. Mais comment acquérir cette expérience lorsqu’on cherche justement son premier emploi ?

C’est une contradiction qui peut finir par fatiguer. On se forme, on envoie des candidatures, on participe à des formations, on essaie de développer ses compétences, mais les portes restent parfois fermées. À force de recevoir des réponses négatives ou de ne recevoir aucune réponse, il devient difficile de ne pas se demander si tous les efforts consentis serviront réellement à quelque chose.

Pourtant, les jeunes ne manquent pas forcément d’ambition. Ils ont des idées, des compétences et des projets. Ce qui leur manque souvent, ce sont des occasions concrètes de commencer. Une première expérience, un stage réellement formateur, un accompagnement ou simplement quelqu’un qui accepte de leur donner une chance peuvent faire une grande différence. Ce sont parfois de petites portes, mais elles permettent de retrouver confiance, d’apprendre sur le terrain et de comprendre que les années d’études ne sont pas restées sans lendemain.

Dans un contexte marqué par les difficultés économiques et les conséquences des conflits, cette absence de perspectives peut aussi nourrir la frustration et le découragement. Elle peut, dans certains cas, rendre certains jeunes plus sensibles aux discours qui exploitent leurs frustrations, notamment à la manipulation ou à la désinformation. Il ne s’agit pas de dire que tous les jeunes sans emploi deviennent vulnérables à ces phénomènes, mais de reconnaître que le manque de perspectives peut fragiliser leur confiance en l’avenir.

Et si la paix ouvrait aussi des portes ?

C’est ici que je vois le lien entre la paix et l’emploi. La paix ne devrait pas seulement signifier l’absence de violence ou de conflit dans nos communautés et nos foyers. Elle devrait aussi créer les conditions permettant à chacun de construire sa vie.

Pour un jeune diplômé, cela signifie pouvoir envisager un travail, développer ses compétences, être utile à sa communauté et avoir une raison de croire que ses efforts peuvent porter leurs fruits.

Si cette paix devenait réellement une réalité pour moi, je voudrais qu’elle se traduise par des opportunités concrètes : pouvoir décrocher cette première expérience professionnelle qui transforme un diplôme en parcours, être accompagnée dans mes projets et contribuer, à mon tour, à la société.

Je rêve d’un environnement où une jeune diplômée ne serait pas obligée de choisir entre abandonner ses ambitions et attendre indéfiniment qu’une porte s’ouvre. La première opportunité ne résoudrait pas tout, mais elle pourrait être le début d’un véritable projet de vie.

Parce qu’un jeune qui peut se projeter est un jeune qui peut construire. Et lorsqu’une génération entière retrouve la possibilité de construire son avenir, la paix cesse d’être seulement un mot : elle devient une réalité vécue.

Rêver ne suffit pas. Encore faut-il avoir les moyens de transformer ses rêves en projets de vie.

C’est peut-être aussi cela, pour moi, la paix : la possibilité de croire en demain et d’avoir enfin les moyens d’y travailler.

 

 

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