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Et si la paix, c’était aussi lire et écrire ?

Et si la paix n’était pas seulement l’absence de la guerre et des tirs de balles ?

Julie a 14 ans. Elle mesure 1,62 mètre, a le teint chocolat, les cheveux noirs et le sourire toujours aux lèvres. Son regard doux laisse entrevoir une autre perception du monde malgré ce qu’elle traverse : la guerre.

Julie est une fille très brillante. Elle a beaucoup de talents, comme jouer au tam-tam et chanter à l’église de Matu, la terre qui l’a vue naître. Elle sait aussi cultiver, comme beaucoup de filles et de femmes de sa région.

Malgré tout cela, Julie veut devenir écrivaine. Pour une raison : raconter au monde ce qu’elle a vu et vécu, ce que son village a subi : les violences, les pillages, les tueries, la guerre.

Mais comment devenir écrivaine lorsqu’on ne sait ni lire ni écrire ?

À cause de ces atrocités, Julie n’a pas pu poursuivre ses études. Elle n’a pas eu la même chance que d’autres filles congolaises qui vivent et grandissent dans des régions plus tranquilles et plus sûres. La guerre avait tout bouleversé alors qu’elle était encore en deuxième année primaire.

Aujourd’hui, ne pas savoir lire l’empêche de faire beaucoup de choses. Elle ne sait même pas réciter correctement l’alphabet français.

Et d’ailleurs, pourquoi apprendre l’alphabet français et pas celui de sa langue maternelle ? Julie pose cette question à Papy Jack, un ancien du village.

Faute d’école, Julie est obligée de s’adapter à un mode de vie que beaucoup autour d’elle trouvent « normal » : aller au champ. Dans sa famille, ne pas obéir à ce que veulent les parents peut être considéré comme de l’impolitesse, de la résistance, voire de la rébellion.

Mais Julie veut autre chose : aller à l’école pour savoir lire et écrire.

Ce qui l’intéresse, ce sont les livres. Son rêve reste le même : devenir écrivaine.

Souvent, elle demande à Papy Jack s’il n’y aurait pas moyen de créer des bibliothèques. Elle se demande aussi pourquoi ceux qui viennent apporter des biens humanitaires ne pourraient pas penser aux livres et à l’apprentissage.

Ses questions peuvent sembler simples. Pourtant, elles disent quelque chose d’essentiel sur ce que la guerre enlève aux enfants. Elle ne détruit pas seulement des maisons ou des villages. Elle peut aussi interrompre une scolarité, éloigner un enfant des livres et repousser un rêve pendant des années.

Et si la paix lui permettait d’apprendre ?

Et si, dans les régions en proie à l’instabilité, la paix signifiait aussi l’accès à l’éducation ?

Pour Julie, la paix serait alors beaucoup plus que le silence des armes. Ce serait pouvoir quitter le champ quelques heures pour retrouver une salle de classe. Ce serait apprendre l’alphabet, ouvrir un livre et comprendre les mots qui y sont écrits.

Ce serait pouvoir prendre un cahier et commencer, un jour, à écrire elle-même l’histoire de Matu : ce qu’elle y a vu, ce qu’elle y a vécu, mais aussi ce qu’elle rêve de voir changer.

Il y a, dans les régions touchées par la guerre, des filles et des garçons qui ont soif d’apprendre. Leur donner accès à l’éducation, aux livres et à des espaces d’apprentissage, c’est aussi leur permettre d’imaginer une vie qui ne soit pas entièrement définie par la guerre.

Julie veut devenir écrivaine.

Aujourd’hui, elle ne sait pas encore suffisamment lire et écrire pour raconter elle-même son histoire.

Et si la paix commençait justement par lui donner cette possibilité ?

 

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