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Bob Elvis : « La musique est pour moi un exutoire »

J’ai rencontré Bob Elvis il y a quelques mois. Je l’imaginais bouillant et faisant la star, mais son attitude m’a beaucoup surprise. A mon arrivée au studio Machine Records, le label qui le produit,  c’est lui qui ouvre et referme le grand portail de la parcelle qui abrite les locaux.

Il porte des Vans noires aux pieds, un jean bleu, une veste noire sur un body blanc. Sa ceinture et sa casquette sont griffées Gucci. En dehors de sa montre, il a une chainette en argent au cou ainsi qu’une bague à l’index de sa main droite.  

Après les présentations, il me fait visiter les lieux avant que l’on prenne place dans la salle à côté du studio pour une interview. J’avoue que j’étais curieuse de connaître le gars qui a composé et chanté Dégage, le titre qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux et dont le concert a réuni plusieurs activistes des mouvements citoyens dont feu Rossy Tshimanga Mukendi.

Bob Elvis ne chante pas que l’amour

Aîné d’une famille de plusieurs enfants, Bob Elvis a vu le jour à Kisangani dans l’ex Province-Orientale vers la fin des années 80. Il est de teint clair et mesure 1,60 m. Sa voix est calme. On dirait que tout son punch musical s’arrête au studio et sur scène. L’homme est également réservé, voire même timide. Ce fils de pasteur a le rap comme première passion.

Bob s’est lancé dans la musique en 1999 alors qu’il est au début de sa puberté. Mais il a aussi un penchant pour la musculation. Après l’obtention de son diplôme d’Etat en section pédagogique à ITP Victoire dans la commune de Kasa-Vubu, il poursuit ses études à l’Institut facultaire des sciences  d’information et de communication (IFASIC) d’où il sort avec un bac+5. C’est à l’abri des regards qu’il concocte son tout premier album qu’il dénomme « J’emmène la clé ». Cet opus sorti en décembre 2015 est sacré meilleur album rap congolais 2015, au Rap2KinAward à Kinshasa.

Bob Elvis se retrouve par la suite dans des tournées en Allemagne et en Inde où il reçoit le « Trophée de reconnaissance » au festival Suchuan 2016. Aujourd’hui, il fait partie de ceux qu’on appelle « artistes engagés ». Il ne chante pas que l’amour et l’argent – quoiqu’il soit surnommé le « futur millionnaire ». Dans sa musique, Bob évoque les problèmes sociaux-politiques vécus en RDC : manque d’eau et d’électricité, chômage des jeunes, mauvaise gouvernance, élections, etc. C’est ainsi qu’à côté des titres comme Elles adorent, Petite-sœur, Bina ou Esui yo wapi, on cite également 8 millions de morts, le célèbre Dégage, Hommage à Rossy, Bazoba, K.O ou Quitter le pouvoir.  

« La musique pour moi c’est un exutoire »

Encore enfant, Bob vit les différents affrontements qui ont ensanglanté la ville de Kisangani. Mais c’est la Guerre des six jours qui pousse sa famille et lui à fuir. Séparés des parents, ses deux petits-frères, sa petite-sœur et lui sont secourus par le CICR. Après une étape de plusieurs semaines à Goma, ses petits, lui et les autres enfants arrivent à Kinshasa avec le statut de déplacés de guerre. Ressentant encore le traumatisme de ces évènements, Bob Elvis trouve dans le rap le moyen de se défouler. « La musique pour moi est un exutoire. C’est là que je vais me vider parce que je m’ouvre difficilement dans la vraie vie. La musique me permet vraiment de m’exprimer, c’est pourquoi je me suis attaché au rap. Je pourrais faire autre chose, travailler normalement comme tout le monde, mais je n’y arriverais pas. C’est seulement grâce au rap que je me sens bien », me confie-t-il.

A travers ses diverses compositions, Bob raconte ce qu’il vit, son histoire surtout. Cet artiste rappeur rappelle constamment sur sa page Facebook qu’il ne faut pas oublier l’histoire, qu’il faut être témoin de sa génération. Il affirme que son engagement est naturel : « Je dirais que cet engagement est plus fort que moi. Donc, que je le veuille ou pas, dénoncer la guerre et tout ce qui ne va pas, c’est en moi. Je ne fournis pas beaucoup d’efforts pour ça. C’est tellement naturel… »

Pas question de finir cet enrichissant échange sans quelques exclusivités. Dans quelques mois, me dit-il, il va sortir son deuxième album appelé Antimédiocrité. Et en 2019, il mettra sur le marché le troisième dont le nom est déjà connu : Futur millionnaire.

Par ailleurs, il faut noter que derrière l’engagement de certains artistes rappeurs congolais, se cachent des histoires personnelles qui ne demandent qu’à être écoutées.  

 


Vous pouvez relire sur Habari RDC : Peu d’artistes vivent de leur musique au pays de la rumba

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Les commentaires récents (1)

  1. Je trouve aussi que tous quoiqu’on est où qui on veut être,on a tous des histoires personnelles qui ne demandent qu’à être découvert.
    J’aime beaucoup cet article.
    La vie de l’article et son engagement pour la population,sa patrie et ses concitoyens.
    C’est très rare de nos jours,de rencontrer des gens qui veulent révolutionner le monde,la vie en société.
    Avoir du cran de crier tout haut tout ce dont on est pas d’accord, demande un audace hors paire.
    Bravo Bob.
    Merci Nathalie pour l’interview.

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