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Bombé, colle patex, ces drogues qui détruisent la jeunesse kinoise

Les drogues et autres aphrodisiaques sont de plus en plus prisées à Kinshasa. Ici le pouvoir d’achat est très faible, des jeunes recourent à des boissons enivrantes traditionnelles et à des solutions peu conventionnelles. Bombé, une solution atypique, est la dernière drogue mortelle sortie de l’ingéniosité kinoise.

Du nutriline (médicament apéritif), du tramadol (puisant analgésique), du chanvre en poussière, du fond de teint en poudre, de la poussière de fumée tirée des tuyaux d’échappement et quelques feuilles de mungulu (plante traditionnelle) séchées… telle est la composition de ce que les Kinois appellent « Bombé ». Cette solution atypique fait des victimes ces derniers temps à Kinshasa.

Vendu à seulement 500FC la dose, Bombé assure un « voyage vers le septième ciel » pour des heures. A Ngiri-Ngiri, une commune du centre de Kinshasa, « Poro Guelord » en tient une fabrique. Derrière la parcelle de sa grand-mère, ce jeune accueille tous ceux qui veulent se défoncer.

Contre quelques billets de banque, il a répondu à mes questions et m’a fait visiter son nganda (débit de boissons) mais à une condition : que je sois systématiquement fouillé par ses hommes de main. Ici, appareils photos et téléphones n’entrent pas. Pour accéder à ce lieu qu’ils ont baptisé « temple », il faut être recommandé.

«Tu en veux un peu ? », me lance-t-il dès mon entrée. « Non, merci ! Je préfère visiter, c’est beaucoup mieux », lui ai-je répondu.

Déjà sous l’effet de sa drogue qu’il a inhalée lui-même depuis le matin, Poro Guelord se révèle plutôt bavard : « Personnellement, j’en ai entendu parler chez des amis, j’ai essayé le coup et je me suis senti bien. Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas en vendre chez moi ? ». Il explique qu’avant Bombé, la drogue forte qu’il proposait était la colle patex. « Aspirer le gaz dégagé par cette colle est plus enivrant que prendre un casier de n’importe quelle bière vendue en RDC », soutient-il, souriant.

Toutefois, les journées de Poro Guelord ne sont pas de tout repos. De temps en temps, des policiers effectuent des descentes pour arrêter les consommateurs à son nganda. Les malchanceux sont appréhendés. Grâce à sa longue expérience, il a tout de même réussi à tisser des relations même dans les milieux des agents de l’ordre. « Je reçois les gens de tout bord ici, y compris des policiers », confirme-t-il.

Mélange nocif

Dans ces nganda, quelques autres jeunes s’intéressent à notre échange, d’autant plus que là sur place je suis le seul à ne pas inhaler la poudre dont l’odeur remplit l’atmosphère environnante. Un des consommateurs reconnait le danger qu’il court, mais il se justifie en ces termes : « Bombé c’est dangereux oui mais que faire ? Que je le consomme ou pas, je mourrai. Avec ça, j’oublie facilement les difficultés de la vie ! »

Comme lui, plusieurs autres jeunes s’adonnent à la consommation des liqueurs fortes (Aguene…) et des drogues très dangereuses. Pendant ce temps, l’Office congolais de contrôle et les autorités ne semblent pas s’en préoccuper.

Au Nord-Kivu, c’est plutôt muvoke, une plante consommée par inhalation, qui gagne du terrain. Heureusement, mardi 17 août, le gouvernement est enfin sorti de son long sommeil. Les ministres de la Santé et de la Jeunesse ont eu un tête-à-tête autour des méfaits de ce type de drogues en poudre. Espérons que des mesures fortes suivront…

 

 

 

 

« Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence Suédoise de Développement International (ASDI), de l’USAID, la coopération suisse, ainsi que des gouvernements suédois, des États-Unis et suisse. »

 

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