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Chères Congolaises, ne réduisons pas le 8 mars à une fête !

Le monde célèbre tous les 8 mars la journée internationale des droits des femmes. Mais, force est de constater que, pour plusieurs Congolaises et Congolais, cette journée se résume à une fête. On l’appelle ainsi la « fête des femmes », alors que ça ne devait pas en être une.

Je ne sais pas si vous avez constaté, dans votre communauté, l’effervescence qu’engendre le 8 mars. La femme africaine en général, et congolaise en particulier, semble perdue. Pour elle, une journée de lutte pour ses droits, rime avec fête. Je crois qu’il lui faut bien comprendre le mot « lutte ».

Porter les pagnes n’est pas en soi une mauvaise idée, mais alors pourquoi cela a remplacé le sens même de la lutte qui doit être privilégiée ? Tant que l’on ne comprendra pas qu’il y a une grande différence entre la lutte et la fête, rien ne changera dans le quotidien de la femme congolaise.

« Bonne fête » !

La femme ne doit pas oublier qu’il y a des femmes qui ont milité pour cette journée, pour l’égalité des sexes. Réduire le 08 mars à une fête est sidérant. C’est une lutte, mes amies ! Ce devrait être une journée de réflexion et de prise de conscience. Réflexion sur ce qui a été atteint et ce qui n’a pas encore été fait. Réflexion sur ce qu’on doit refaire et comment le faire mieux.

Malheureusement, l’idée de lutte et de réflexion semble avoir été remplacée dans les cerveaux des femmes et des jeunes filles congolaises. Il y a aussi des hommes qui croient, à tort, que le 8 mars est une fête de la femme. A la veille de cette journée, et ce n’est pas uniquement pour cette année, j’ai vu de nombreux Congolais souhaiter « bonne fête » à leurs épouses, mères, filles ou sœurs. C’est énervant pour moi. Depuis quand une lutte peut-elle se transformer en fête ?

La prise de conscience doit se faire aujourd’hui si on veut atteindre des changements significatifs dans les années à venir. La femme congolaise ne doit pas se limiter à mettre des pagnes, car cela ne changera rien à sa situation. Surtout que je lis un certain mépris assumé ou pas dans le fait pour les hommes de souhaiter bonne fête à la femme en lieu et place de l’accompagner dans la lutte pour ses droits.

Nécessité de former hommes et femmes dès l’école primaire

Vous conviendrez avec moi que les hommes, sur ce sujet, doivent être formés. Afin qu’ils sachent réellement quelle est la valeur de la femme. Mais, comment ne pas donner raison aux hommes quand les femmes elles-mêmes n’ont pas encore suffisamment pris conscience ? La plupart des femmes à qui je me suis adressée à la veille du 8 mars, n’ont pas conscience de ce que signifie cette journée. Pour elles, ça se résume au port des pagnes, à se tresser les cheveux et à faire la fête. Même les femmes qui semblent instruites, qui ont fait l’université et qui auraient dû montrer l’exemple, m’ont déçue.

J’en suis arrivée à me demander : pour une journée de réflexion, a-t-on besoin de coudre de nouveaux pagnes ? De faire la fête ? De manger et de boire ? Qu’enseignons-nous à nos enfants avec cette habitude ? J’ai même entendu des femmes dire : « C’est la journée de la femme. Tout ce que je fais chaque jour, les taches ménagères, c’est à l’homme de le faire. »

Avec ce genre de raisonnement, impossible d’avancer. Même les femmes les plus instruites tombent dans cette erreur. Est-ce leur faute ? Peut-être. Je crois que c’est parce que nous avons subi constamment un bourrage de cerveau pour certaines et un lavage de cerveau pour d’autres. Et ce, depuis l’enfance.

Si tu es née dans une famille où la croyance est de dire que c’est la journée de la femme et ainsi la limiter au port des pagnes, alors il y a beaucoup de chances de perpétuer cette « tradition » et de la transmettre ipso facto à ses enfants. L’éduction civique devrait préparer les femmes et les hommes à mieux appréhender cette journée.

 

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