Ndoole Katakuba, diplômé en pédagogie générale, enseignant à l’Ecole conventionnée protestante de Kabondo. Goma, RDC, 2020.
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Covid-19 : le calvaire des enseignants non payés du Nord-Kivu

Des enseignants de la province du Nord-Kivu en RDC vivent le pire moment de leur vie. Le pays faisant face à l’urgence sanitaire suite au Covid-19, les professionnels de la craie payent le lourd tribut. Certains parmi eux, n’ont jamais touché leur salaire depuis bientôt sept mois. D’autres ont contracté des dettes à la banque et vivent actuellement cachés  parce qu’ils sont incapables de rembourser.

Pour la survie de leurs familles, certains enseignants poussent des vélos, vendant du charbon de bois et de l’eau du lac Kivu dont l’accès est gratuit. J’ai rencontré certains parmi eux qui ont accepté de raconter leur calvaire.

Diplômé mais vendeur de charbon de bois faute de mieux

Ndoole Katakuba, 32 ans révolus, diplômé en pédagogie générale, père de 5 enfants, est un enseignant de l’Ecole conventionnée protestante de Kabondo en ville de Goma. Il encadrait les élèves de la 3e année primaire. Une fois, son enfant était sur le point de mourir de faim, mais il a été sauvé de justesse par les voisins.

Ndoole a donc choisi de parcourir presque chaque jour plus de 27 km entre Goma et la cité de Sake pour y acheter du charbon de bois afin de le revendre à Goma. Larmes aux yeux, il raconte sa vie actuelle : « Parfois dans la vie il faut accepter certaines circonstances. Je ne pouvais pas accepter que mes enfants meurent de faim parce que je suis enseignant et que je devais garder ma dignité. J’ai retroussé les manches, j’achète 3 ou 4 sacs de charbon de bois à Sake. Je les transporte sur ce vélo pour les revendre à Goma. »

Insulté, moqué…

Par jour avec ce boulot, Ndoole gagne moins de 10 000 francs congolais. Mais cela lui permet d’assurer la survie de sa famille. « A l’école, j’ai travaillé plus de 7 mois, je n’ai jamais eu mon salaire. Quand je pousse le vélo, on m’injurie, on se moque de moi. Il y en a qui disent que nous sommes allés envahir leur terrain. Après le boulot, quand je rentre à la maison, j’ai des douleurs sur tout le corps. C’est vraiment un travail pas facile, je vous jure », explique l’enseignant.

L’autre témoignage est de Bahati Balolebwami, gradué en science de l’éducation, enseignant à l’Institut Pacifique à Ndosho dans la ville de Goma. Agé de 25 ans, père de 2 enfants, Bahati n’avait plus d’autres choix que de descendre à la Plage du peuple en ville de Goma puiser gratuitement de l’eau du lac Kivu et aller la vendre aux habitants du quartier Himbi. Sur un vélo presque usé, cet enseignant transporte 5 bidons d’eau qu’il vend à 1000 ou 1500 FC (moins d’un dollar) le tour.

Bahati est désespéré. Voici son témoignage : « Notre gouvernement nous a tourné le dos. Je ne me souviens plus du jour ou même du mois où j’ai perçu mon salaire. Je devais éviter le pire à ma famille et prendre mes responsabilités en tant que père de famille pour la survie de celle-ci. Je me réveille à 5h du matin, je vérifie mon vélo et mes 5 bidons et je vais puiser de l’eau à la plage du Peuple au lac Kivu pour aller vendre. Parfois, je peux faire 3 à 4h de temps sans trouver un seul client, surtout pendant la période pluvieuse. Si j’ai de la chance je rentre à la maison avec 5000 ou 6000 FC. C’est vraiment un travail pénible. »

« Le gouvernement a tué l’enseignement »

J’ai rencontré le porte-parole des enseignants du Nord-Kivu. Son nom : Bahala Shamavu Innocent, enseignant à l’Institut Majengo en ville de Goma. Il pense que le gouvernement congolais a tué l’enseignement.

« Je demande à notre gouvernement de préparer une fosse commune où il va enterrer tous les enseignants qui vont mourir de faim. Pendant plus de 7 mois nous avons travaillé sans salaire. Nous n’allons pas accepter que des licenciés poussent les vélos ou vendent de l’eau et du charbon de bois pour vivre », proteste le président provincial de la Force syndicale nationale (Fosynat).

Voulant marcher contre cette situation vendredi 8 mai 2020, les enseignants ont été dispersés par la police et une dizaine d’entre eux interpelés par le maire de Goma.

 

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