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Des hommes armés ont tué mon mari et cinq de mes enfants

Depuis le mois de mai 2022, de nouvelles violences secouent le Nord-Kivu, précisément dans les territoires de Rutshuru et de Nyiragongo. Des affrontements entre les Forces armées de la RDC et la rébellion du M23. Des milliers de personnes ont été poussées à l’exode. La plupart sont dans des sites comme Kanyaruchinya et Kibati.

Je suis allé à la rencontre de Martine Kahambu, la quarantaine. Dans cette interview, elle raconte son calvaire pendant la guerre.

Habari RDC : Que vous est-il arrivé exactement lors des attaques du M23 ?

Martine Kahambu :

La nuit du 19 au 20 mai, je faisais la cuisine pour ma famille. Mon mari était au salon avec  les enfants. Les coups de balles retentissaient de l’autre côté de la colline. Nous avions tous la peur au ventre.

Vers 22h, j’apprêtais la table pour servir le repas. Ma fille est sortie prendre de l’eau à l’extérieur pour laver les mains. Moins de deux minutes après, elle a crié : « Maman nakufa bananiuwa ! » (Maman, on me tue).

Je suis vite sortie en l’appelant par son prénom : Chantal ! Chantal ! Ô mon Dieu ! J’ai trouvé ma fille Chantal allongée au sol, gisant dans son sang. On lui a enfoncé une machette dans le ventre. Et ses bourreaux, six hommes armés, étaient-là devant moi.

J’ai couru pour alerter mon mari, mais deux des bandits ont immédiatement fait irruption dans notre maison. Sans hésiter, ils ont  décapité mon mari, avant de tirer à bout portant sur les enfants. Je criais « Pitié !  Pardonnez-nous ! »

L’un de ces rebelles a craché sur moi pour me faire taire. Puis l’autre s’est approché et m’a forcée à me coucher pour me violer. Pendant ce temps, un autre groupe de rebelles était en train d’opérer chez mes voisins, tirant plusieurs balles en l’air.

Dans ma maison, les deux hommes ont commencé à se disputer entre eux pour savoir qui devait me violer le premier. Ils ne se sont pas mis d’accord, jusqu’à ce que celui qui se considérait comme chef, a fini par tirer sur son compagnon. Et Dieu merci, je n’ai pas été violée.

Vous êtes restée seule avec les corps dans votre maison jusqu’au matin ?

C’était compliqué. Quand les rebelles sont partis, il était encore 3h du matin. Je suis sortie demander de l’aide chez mes voisins. Malheureusement, j’ai trouvé là également des morts dans la cour. Quelques minutes après, des bombes ont commencé à exploser. Ce fut alors la débandade. Les gens fuyaient dans tous les sens. J’ai juste pris mon fils (le tout dernier qui n’a pas été tué), et un sac de ses habits et nous avons fui en prenant la direction de Goma.

Vous avez abandonné les corps de  votre famille ?

Ah mon frère, je ne savais pas quoi faire. Cela me brise le cœur.

J’ai simplement couvert les corps avec un couvre-lit en pleurant. J’ai ensuite fait une courte prière pour que le bon Dieu les reçoive dans son royaume. Je suis partie de là avec mon fils, jusqu’au camp de déplacés de Kanyaruchinya à Goma. Et là, j’ai trouvé des amis de mon mari (mon désormais défunt mari). Je leur ai raconté cette horrible histoire.

Comptez-vous retourner vivre chez vous après la guerre ?

Bien sûr, je vais retourner dans ma maison si Dieu nous prête vie. C’est l’unique parcelle que j’aie.

Que faisiez-vous avant la guerre ?

Je cultivais, je faisais aussi le commerce de fruits et légumes entre Kibumba et Goma.

Avez-vous un message à passer ?

Nous avons  besoin de la paix et de la sécurité. La RDC est si riche, mais nous souffrons. Nous sommes fatigués de toutes ces guerres, nous n’avons plus accès à nos champs. Nous avons faim.  Que le gouvernement congolais vienne rapidement à notre secours.

 

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