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DV Lottery : le bonheur n’est pas toujours ailleurs

Chaque année, entre octobre et novembre, les cybercafés kinois grouillent de monde. Ces clients de circonstance n’y vont pas pour surfer, mais plutôt pour réaliser leur rêve américain. Ils désirent immigrer au pays de l’Oncle Sam par le biais de la DV Lottery. Je pense qu’ils devraient réfléchir par deux fois avant de faire ce choix.

La Diversity Visa Lottery ou DV Lottery est un programme d’immigration officielle et légale mis en place par le gouvernement américain. Chaque année, le département d’Etat américain offre des cartes vertes à plus de 55.000 candidats choisis de manière aléatoire parmi les postulants. La carte verte permet à son détenteur de vivre et de travailler pour une durée illimitée aux États-Unis. Lancé en 1994, cette loterie attire de plus en plus de monde, surtout sur le continent africain.

RDC 9e pays avec le plus de candidats

Quand en 2003 la loterie est numérisée, cela a offert une aubaine aux fournisseurs d’Internet. En 2018, la RDC s’est classée à la 9ème position des pays avec le plus de candidats, mais surtout 2e en termes de réussites avec 4.497 contre 4.500 pour la Russie, championne du monde de DV l’année dernière. Cependant, cette année 2019, le taux de participation en RDC pourrait considérablement baisser avec le passeport rendu obligatoire pour souscrire. Une décision que je trouve très intéressante. A Kinshasa, les mois d’octobre et novembre sont devenus une période de vaches grasses pour les cybercafés mais pas que. Dans une ville réputée pour ses « coop » (combine), les escrocs ne sont pas loin, les vendeurs d’illusion non plus.

Aujourd’hui, la DV est devenue une véritable industrie, il y a même dans la ville des vendeurs ambulants de DV. Sur les médias, une guerre des chiffres bat son plein. Derrière ce combat de marketing, il y a un marché juteux. Les Kinois sont prêts à casser leur tirelire, prêts à tout abandonner pour aller aux Etats-Unis. Est-ce la bonne décision ? Je ne pense pas. Pendant ce temps, les cybercafés et autres agences de voyage s’en mettent plein les poches. « Nous accompagnons nos clients non seulement en remplissant le formulaire, mais aussi en les aidant en cas de sélection jusqu’à obtenir leur visa. Le cas échéant, nous finançons même le voyage que le client pourra rembourser avec un taux d’intérêt », explique un gérant de cybercafé de Kinshasa qui curieusement manque d’engouement. « Beaucoup de candidats ne postuleront pas cette année par manque de passeport », croit-il savoir.

L’eldorado des Kinois

Les Etats-Unis paraissent comme un Eldorado pour les Kinois, une réalité que nuance cependant Mervedi Limbaya, une Congolaise vivant à Louisville, aux USA. « Ici, vous aurez toujours de quoi mettre sous la dent car vous allez travailler et  être payé, mais quel travail ? », s’interroge-t-elle. Selon elle, vivre aux Etats-Unis est très avantageux pour les enfants car ils bénéficieront d’une bonne formation, mais également pour ceux qui ont de « grands rêves » : amasser de quoi investir dans son pays. Cependant, Mervedi prévient : « On n’est jamais mieux que chez soi. Ils peuvent du jour au lendemain changer leurs considérations envers les émigrés. »

Comme elle, je pense que le bonheur n’est pas toujours ailleurs. Aux Etats-Unis, les Congolais sont prêts à embrasser des métiers qu’ils n’oseront pas faire ici au pays. Ce qu’on oublie souvent, nous aidons doublement ces pays étrangers : en leur apportant de la main-d’œuvre, mais aussi et surtout de l’argent, en payant des taxes pharaoniques.

A Kinshasa, plusieurs ont réussi sans immigrer, sans faire de la politique et sans « piston ». Imaginez si on mettait toute cette énergie au service de notre pays. Le Congo n’a pas besoin que des bureaucrates mais de toutes ses intelligences et de toute sa main-d’œuvre pour aller de l’avant. Personne ne viendra bâtir ce pays à notre place. L’Etat, c’est toi et moi. L’enrichissement ne passe pas forcément par l’immigration dans un pays étranger, fût-il les USA. Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dit-on.

 

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