À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée ce 2 novembre, une question mérite d’être posée : comment garantir le droit des citoyens à l’information lorsque ceux qui les informent travaillent dans la peur ?
Un journaliste menacé peut renoncer à une enquête, éviter certains sujets ou se taire pour protéger sa vie. L’impunité ne touche donc pas uniquement les professionnels des médias. Elle prive aussi les citoyens d’informations essentielles pour comprendre leur société et demander des comptes.
Des menaces persistantes, particulièrement dans l’est de la RDC
Cette année, l’UNESCO place la commémoration sous le thème « Les menaces évoluent. L’impunité persiste. ». Selon ses données, 189 journalistes ont été tués dans le monde en 2024 et 2025, dont 67 % dans des zones de conflit. Le taux mondial d’impunité atteint 86 %.
En RDC, la situation reste préoccupante. Dans son rapport annuel 2025, Journaliste en danger (JED) documente les violences et les menaces subies par les journalistes, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits armés.
De son côté, Reporters sans frontières (RSF) rapporte que, de janvier 2024 à janvier 2025, plus de 25 radios communautaires ont été pillées ou contraintes de fermer au Nord-Kivu, tandis que plus de 50 attaques ont visé des rédactions et des journalistes.
Derrière ces chiffres, ce sont des enquêtes qui risquent de ne jamais aboutir, des voix locales qui disparaissent de l’espace public et des communautés qui perdent leurs moyens de s’informer.
Passer des engagements aux actes
En octobre 2026, les autorités congolaises se sont engagées à mettre en place un mécanisme national de protection des journalistes. Cette annonce constitue une avancée potentielle, mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre.
Les journalistes menacés pourront-ils obtenir rapidement une protection ? Les agressions feront-elles l’objet d’enquêtes indépendantes ? Les auteurs de violences seront-ils effectivement poursuivis ?
La responsabilité incombe également aux entreprises de presse, qui doivent mieux préparer et protéger leurs équipes, notamment lors des reportages en zones dangereuses.
Le 2 novembre ne devrait donc pas être une simple journée de déclarations. Il doit rappeler que la sécurité des journalistes est une condition essentielle de la liberté d’informer.
Car protéger un journaliste, ce n’est pas seulement défendre une profession. C’est aussi préserver le droit de chaque citoyen à savoir ce qui se passe dans son pays.
