Une troupe de porteurs descend le volcan Nyiragongo. Photo : Fiston Mahamba
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Parc des Virunga : des enfants utilisés comme porteurs pour touristes

Dans l’est de la République démocratique du Congo, les porteurs sont un groupe d’habitants des villages environnant le parc national des Virunga. Problème : parmi eux on compte des enfants. Ils aident les touristes, les scientifiques et les visiteurs à transporter leurs colis lors de l’ascension du volcan Nyiragongo, l’un des plus rares volcans actifs avec un lac de laves au monde. 

Les porteurs ne transportent pas que des colis des visiteurs. Il arrive qu’ils transportent parfois les visiteurs eux-mêmes, sur le dos ou les épaules ! Au nombre de ces porteurs, il y a malheureusement des enfants, travaillant avec des adultes dans des conditions dangereuses, sans aucune protection et pour un salaire dérisoire. Certains n’ont même pas de souliers adéquats pour l’escalade des montagnes. Comme ils ne sont pas employés par le parc, les gestionnaires du parc des Virunga ne leur offrent aucune protection.

Des enfants sont également parmi les porteurs et portent de lourds fardeaux. Photo : Fiston Mahamba

On se souvient que fin août 2019, des internautes se sont indignés suite à la publication sur la toile d’une photo d’un touriste blanc, transporté sur un tipoy par des porteurs congolais. « #RDC le parc des Virunga (@gorillacd) devrait avoir honte de proposer ce genre de service aux #touristes. On se croirait à une époque colonial », avait tweeté la photojournaliste congolaise Ley Uwera dont le post avait fait le tour du monde, entrainant des réactions de protestation contre les abus commis sur les porteurs.

« Il s’agit d’un service qui, à l’occasion, a été offert comme un soutien supplémentaire aux personnes ayant une déficience ou qui pourraient avoir du mal à marcher sur un terrain plus difficile au parc », a expliqué à la RTBF le service de communication des Virunga.

La pauvreté des villageois exploitée abusivement pour le tourisme

Constitués pour la plupart de jeunes originaires des villages voisins du volcan Nyiragongo, ces porteurs ne sont pas des agents de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN-organe étatique qui gère les parcs et aires protégées en RDC). C’est pour cela qu’ils sont vulnérables, offrant leurs services sans aucun respect ni un minimum de leur protection. Leur salaire est directement négocié avec les touristes ou les scientifiques qui veulent escalader le Nyiragongo. Étant très pauvres, ces porteurs ont peu de choix pour refuser ce qui leur est proposé comme rémunération.

Héros oubliés des randonnées sur le sommet du Nyiragongo 

Epaules, têtes, dos, chargés de 10 à 40 kilos d’effets utiles aux touristes et aux autres hôtes du sommet du Nyiragongo, la troupe est souvent conduite par un guide, qui joue la liaison entre les éco-gardes et les porteurs. Ce guide recrute parmi sa troupe, les jeunes les plus endurants du village pour escalader les 3470 mètres d’altitude du pied jusqu’au cratère. Un parcours de plus de 8 heures de marche avec des dangers et intempéries imprévisibles : pluies abondantes, roches volcaniques, sentiers escarpés, etc.

Certains colis transportés par les porteurs pèsent entre 20 et 40 kilos. Photo : Fiston Mahamba

Les colis transportés par les porteurs sont souvent constitués de bouteilles d’eau ou de boissons, sacs de couchage pour les touristes, nourriture, bois de chauffage, produits pharmaceutiques…

Sur le sommet du volcan Nyiragongo, les rangers sont vus entre le cratère et les cabanes du campement. Photo : Fiston Mahamba

Sans la contribution de ces porteurs dans les différentes montées du volcan, plusieurs excursions seraient difficiles voire impossibles à réaliser, vu que la plupart des personnes ne sont pas aptes à escalader cette montagne. La marche étant compliquée, certains touristes ne peuvent oser tenter l’escalade du volcan avec un surplus de poids de leurs colis.

Des enfants exploités

Alors que la RDC s’est engagée dans la lutte contre l’exploitation et le recrutement d’enfants au sein de l’armée nationale (avec l’objectif : zéro enfant enrôlé dans les Forces armées de la RDC), et vu les efforts déployés pour l’éradication du travail des enfants dans le secteur minier, les projecteurs des organisations de défense de droits de l’enfant doivent désormais être braqués sur le tourisme au sein du parc des Virunga, où des enfants sont exploités comme porteurs.

Compte tenu de la mauvaise situation sécuritaire, cet espace protégé a été fermé au tourisme en 2018 suite aux attaques répétées contre les touristes. Les enlèvements des membres des équipes travaillant dans ce plus vieux parc d’Afrique et les accusations d’abus des rangers du parc devraient être des signaux alarmants lancés aux organisations de défense et de promotion des droits des enfants afin de mettre fin à cette pratique.

Les porteurs exposés

Les touristes, les rangers et les agents du parc prennent des précautions sécuritaires à l’avance avant de se rendre sur le sommet du Nyiragongo. Par contre les porteurs, qui sont recrutés au hasard lors de l’arrivée des touristes au pied du volcan, accourent pour ne pas rater cette opportunité d’emploi et gagner quelques dollars américains payés à chacun d’eux qui réussit l’ascension.

Certains porteurs parcourent les roches volcaniques avec des babouches comme souliers. Photo : Fiston Mahamba

Mal équipés, certains de ces porteurs passent la nuit à la belle étoile (avec de basses températures en altitude). Les cabanes en fer construites au sommet du Nyiragongo sont essentiellement et prioritairement réservées aux touristes, visiteurs, agents du parc et rangers.

Un porteur réparé la chaussure d’un hôte du parc national des Virunga. Photo : Fiston Mahamba

Le statut de porteurs ne les liant pas au parc, ces derniers sont exclus de toute prise en charge ou indemnisation au cas où se produirait un accident durant le trajet. Souvent, il leur faut passer la nuit au sommet du volcan car l’escalade prend toute la journée.

 

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