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Et si la RDC brisait à son tour les mythes autour de la contraception ?

À Goma, la contraception reste entourée de tabous, de rumeurs et d’idées reçues. À l’occasion de la Journée mondiale de la contraception, des acteurs de la santé sexuelle et reproductive sont allés à la rencontre des habitants de Bujovu et Mugunga. Entre sensibilisation et accès gratuit aux méthodes contraceptives, l’expérience montre combien l’information et la liberté de choisir restent essentielles.

Au Kenya et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, la contraception s’invite progressivement dans les conversations du quotidien. Dans les écoles, les quartiers, parfois même à l’église, des campagnes en parlent sans détour. À Goma, dans l’est de la RDC, le sujet reste encore entouré de tabous et de rumeurs.

À Bujovu, dans le nord-est de Goma, Alice, mère de quatre enfants, est venue au centre médical Afia Yetu pour poursuivre son planning familial. Dans une ville où la crise économique pèse sur les ménages, son choix touche toute sa famille.

« Ça arrive des fois que mon mari et moi manquions de quoi donner aux enfants. Cela nous stresse énormément. Voilà pourquoi j’ai décidé de continuer à faire le planning familial avec l’accord de mon mari », explique-t-elle.

Après avoir échangé avec une sage-femme, Alice a choisi de renouveler son implant contraceptif. Elle dit avoir bénéficié gratuitement du service et des conseils nécessaires.

Pour Ésaïe Katunga, membre de l’organisation AFRIYAN RDC, les idées reçues constituent justement l’un des obstacles à surmonter.

« Nous avons trouvé que plusieurs personnes ont des stéréotypes autour de la contraception. Voilà pourquoi nous avons décidé d’organiser cette campagne dans des quartiers populaires de Goma comme Bujovu et Mugunga », explique-t-il.

Site mobile pour la prise en charge des IST et la contraception à Bujovu, Goma, RDC. Crédit photo : Lebon Kasamira.

Informer pour permettre de choisir

L’activité a été organisée par le Groupe de Travail Santé Sexuelle et Reproductive (GT SSR), un mécanisme de coordination multisectorielle actif depuis 2018 pour harmoniser les interventions en santé sexuelle et reproductive dans les contextes humanitaires et de développement au Nord-Kivu, dont fait partie l’UNFPA.

Au centre médical Afia Yetu, un site mobile a accueilli des femmes et des jeunes pour des consultations, la prise en charge des infections sexuellement transmissibles et l’accès à des méthodes contraceptives.

Jeannette Aloma, sage-femme humanitaire, explique que plusieurs méthodes étaient proposées gratuitement, notamment des contraceptifs injectables, des implants et des dispositifs intra-utérins.

Alice, qui utilisait déjà un implant contraceptif de longue durée, a ainsi pu le faire retirer et en recevoir un nouveau.

Sage-femme Jeannette Aloma échange avec une bénéficiaire sur le site mobile à Bujovu, Goma, RDC. Crédit photo : Lebon Kasamira.
Sage-femme Jeannette Aloma échange avec une bénéficiaire sur le site mobile à Bujovu, Goma, RDC. Crédit photo : Lebon Kasamira.

Béatrice Nsekuye, connue à Goma comme Maman Rita et responsable du centre médical Afia Yetu, estime que l’activité répond à un besoin réel dans cette partie de la ville.

« Le niveau social et économique de la population en ce moment est bas. Il y avait des femmes dans la communauté qui souhaitaient peut-être faire le planning familial, mais les moyens financiers ne le permettaient pas. Le temps pour elles d’attendre de trouver les moyens, elles peuvent tomber enceintes sans le vouloir », explique-t-elle.

À la difficulté financière s’ajoute le manque d’information. Selon elle, la sensibilisation menée par les relais communautaires a permis à certaines femmes de mieux connaître les méthodes disponibles et d’accéder gratuitement aux services.

Et après les deux jours de gratuité ?

La campagne ne règle cependant pas la question de l’accès à plus long terme.

« Nous n’avons aucun soutien jusque-là. Une femme peut venir et solliciter qu’on lui mette un intrant. […] Si nous avons des bienfaiteurs pour les intrants, on pourra donner ce service gratuitement », alerte Béatrice.

Pour elle, maintenir l’accès à ces services contribuerait notamment à prévenir les grossesses non désirées et les avortements à risque chez les jeunes.

À Goma, l’histoire d’Alice et d’autres femmes ramène ainsi la question à l’essentiel : nourrir ses enfants, préserver l’équilibre du foyer et pouvoir décider.

Briser les mythes autour de la contraception commence aussi par là : permettre aux femmes et aux couples d’être informés, écoutés et libres de choisir.

 

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