À Kisangani, la lutte contre Ebola ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement. Elle se joue aussi dans les quartiers, sur les réseaux sociaux et dans les esprits. Entre fausses informations, méfiance envers les équipes de riposte et inquiétudes des professionnels de santé, une autre bataille s’impose : celle de la confiance.
Lorsqu’on prononce le mot Ebola à Kisangani, les réactions sont nombreuses. Certains s’inquiètent, d’autres cherchent à comprendre, tandis que quelques-uns préfèrent se fier aux informations qui circulent dans leur entourage.
Depuis l’annonce de l’épidémie, la peur s’est installée dans certaines familles. Et avec elle, les rumeurs.
Sur les réseaux sociaux, dans les conversations entre voisins ou au détour d’un marché, les informations circulent parfois plus vite que les explications officielles. Une vidéo sortie de son contexte, un message vocal alarmiste ou une information non vérifiée peuvent suffire à semer le doute.
Le 12 août 2026, les autorités sanitaires de la Tshopo ont notamment dû démentir des informations concernant le prétendu non-paiement des agents affectés au centre de traitement Ebola de Kisangani. Selon le chef de la Division provinciale de la santé, ces allégations reposaient sur des informations erronées concernant les rémunérations des agents.
La communication ne suffit plus
Informer la population ne consiste pas simplement à diffuser des messages à la radio ou à publier des communiqués. Il faut aussi écouter les préoccupations des habitants, répondre à leurs questions et reconnaître leurs inquiétudes. Lorsqu’une famille perd un proche, elle a besoin de comprendre ce qui s’est passé. Lorsqu’une personne est orientée vers un centre de traitement, elle doit pouvoir obtenir des explications claires sur sa prise en charge. Le manque d’informations accessibles peut laisser un vide que les rumeurs viennent rapidement occuper.
Qui protège ceux qui nous protègent ?
Pendant que la population cherche à se protéger contre Ebola, les professionnels de santé se retrouvent en première ligne. Ils accueillent les malades, assurent leur prise en charge, surveillent les personnes exposées et participent aux activités de prévention. Pourtant, eux aussi sont exposés aux risques de contamination.
Le 24 septembre 2026, la province de la Tshopo a enregistré le décès du Dr Victor Kingombe, pris en charge au centre de traitement Ebola de Kisangani.
Selon l’Agence congolaise de presse, le Syndicat national des médecins a annoncé sa disparition sans préciser les circonstances exactes de sa contamination. Au 22 septembre, la province avait enregistré 42 cas confirmés, dont 17 décès et 13 guérisons. Douze professionnels de santé figuraient parmi les personnes infectées. Ce décès a ravivé les inquiétudes des médecins de la Tshopo.
Le 26 septembre, leurs syndicats ont dénoncé des dysfonctionnements dans la riposte contre Ebola et exprimé leurs préoccupations concernant les conditions de travail des équipes.
Cette situation nous oblige à poser une question essentielle : comment demander aux soignants de protéger toute une communauté si eux-mêmes ne bénéficient pas de conditions de sécurité et de travail satisfaisantes ?
Protéger les professionnels de santé, c’est veiller à leur équipement, à leur formation, à leur accompagnement et à la prise en compte de leurs préoccupations.
Leur engagement ne doit pas être considéré comme un sacrifice auquel ils seraient naturellement condamnés.
La lutte contre Ebola est l’affaire de tous
Face à cette épidémie, chacun a une responsabilité.
Les autorités doivent communiquer régulièrement, les médias doivent vérifier les informations avant de les diffuser.
Quant à nous, citoyens, nous devons apprendre à distinguer les faits des rumeurs, à éviter de partager des informations non vérifiées et à suivre les recommandations sanitaires.
La peur est humaine. Mais elle ne doit pas nous conduire à rejeter ceux qui cherchent à nous protéger.
Car au-delà du virus, c’est aussi notre capacité à nous écouter, à nous respecter et à agir ensemble qui est mise à l’épreuve.
