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Et si la paix commençait aussi par la confiance face à Ebola ?

La 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo survient dans un contexte sécuritaire instable qui favorise la méfiance et la propagation de fausses informations. À Butembo et Beni, dans la province du Nord-Kivu, à l’est du pays, les habitants restent profondément marqués par l’épidémie de 2018-2020. Les deuils à la suite de la perte de proches, le manque d’information et les restrictions autour des visites aux malades ont érodé la confiance envers la réponse médicale.

Dans ce contexte, combattre Ebola ne consiste donc pas seulement à combattre un virus. Il faut aussi faire face aux rumeurs et à la méfiance qui peuvent opposer les communautés aux personnes venues les soigner.

Dans les groupes WhatsApp et sur d’autres réseaux sociaux, des rumeurs alarmistes présentent parfois la maladie comme une invention destinée à enrichir les ONG. Parmi les fausses informations qui circulent, on trouve des allégations selon lesquelles Ebola n’existe pas, que les agents de santé infectent délibérément des personnes ou prélèvent leurs organes, et que la riposte à Ebola est une opération lucrative.

Ces rumeurs ne restent malheureusement pas toujours sur les téléphones.

Au mois de juin, à Bunia, Daniel Uyirwoth Welo, 27 ans, et trois autres volontaires de la Croix-Rouge tentaient de procéder à un enterrement sécurisé lorsqu’ils ont été attaqués. L’agression a été déclenchée par des rumeurs, diffusées localement et en ligne, selon lesquelles le cercueil était vide.

Certains membres de la foule affirmaient qu’Ebola n’existait pas. D’autres pensaient que l’équipe de la Croix-Rouge était là uniquement pour obtenir de l’argent, a raconté Daniel Uyirwoth Welo à BBC Verify.

Cette situation révèle un problème plus profond : la désinformation et la manipulation à travers les réseaux sociaux peuvent alimenter la méfiance et conduire jusqu’à la confrontation avec ceux qui interviennent contre la maladie.

Pour moi, la paix serait possible si chaque jeune apprenait à vérifier une information avant de la partager et refusait de devenir un relais de la haine ou même de la panique, que ce soit en ligne ou hors ligne.

Mais, en vivant au quotidien les tensions à Butembo pendant les crises sanitaires, j’ai compris que la vérification, à elle seule, n’est pas suffisante, car c’est avant tout un problème de confiance.

La rumeur ne devient une confrontation que lorsqu’elle tombe sur un terrain déjà miné par la méfiance.

Ce qui peut empêcher l’escalade, c’est l’alliance de proximité : une confiance construite entre les équipes de la riposte et les communautés, en s’appuyant notamment sur les leaders communautaires et les structures des jeunes.

Et si la paix commençait aussi par cette confiance ?

Si cette paix devenait concrète, les équipes médicales et les agents de santé pourraient circuler plus librement sans craindre pour leur sécurité et seraient accueillis comme des alliés venus sauver des vies.

Les groupes WhatsApp et les réseaux sociaux deviendraient des espaces de solidarité et d’alerte citoyenne constructive, plutôt que des lieux de propagation de fausses nouvelles et de messages alarmistes.

La jeunesse de Butembo, reconnue pour son dynamisme commercial et entrepreneurial, pourrait canaliser davantage son énergie vers la sensibilisation, la recherche de solutions locales et le développement de la ville.

Pour concrétiser cette vision, des engagements doivent être pris.

Les jeunes et les créateurs de contenus de Butembo doivent adopter un comportement numérique responsable en vérifiant les sources avant de relayer une information et refuser de participer à des attaques physiques ou verbales contre les agents de santé et les humanitaires.

Les autorités locales et les responsables de la riposte sanitaire doivent intégrer davantage les mouvements et structures de jeunes ainsi que les radios communautaires locales dans la communication de crise, afin de bâtir une confiance mutuelle avant que la désinformation ne s’installe.

Les organisations de la société civile et les médias doivent, de leur côté, multiplier les initiatives d’éducation aux médias et au numérique pour donner à la jeunesse des outils critiques face aux rumeurs et aux discours de manipulation.

Car face à Ebola, la désinformation ne reste pas seulement une fausse information qui circule sur un téléphone. Elle peut nourrir la méfiance, provoquer des résistances et mettre en danger ceux qui tentent de sauver des vies.

Protéger ceux qui nous soignent, reconstruire la confiance et assainir nos réseaux sociaux, c’est aussi poser une pierre pour la paix.

 

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