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S’exprimer en français avec son accent maternel, la galère en RDC

Chez nous, parler le français est souvent preuve qu’on est intellectuel. Il y a même très peu de tolérance quand on parle la langue de Molière avec les interférences des langues locales, même si l’on respecte toutes les règles de syntaxe et de grammaire. On va jusqu’à douter de tes capacités intellectuelles rien qu’à cause de ton mauvais français.

Est jugé cultivé et bien éduqué, celui qui parle le français comme s’il est né en France. Dans certains milieux, on est victime de moqueries et d’exclusions rien que parce que son T ou son  S est prononcé différemment.

S’exprimer en public avec des interférences

Il faut parfois avoir des nerfs en acier pour parler le français en public. Surtout quand on a un accent qui révèle tes origines. A Goma, ils sont très forts en ça. Exprime-toi en une seule phrase en français et on saura directement de quelle contrée tu es originaire. D’ailleurs quand tu as des accents, tu es sûrement un nouveau venu. Tu n’as pas grandi dans la ville et on se moque de toi.

Mais les moqueries sont pires à l’université.  « Mes collègues n’hésitent pas à éclater de rire quand je m’exprime. Et ils se plaisent à imiter ma façon nasillarde de parler », confie Lwanzo, étudiante, la vingtaine révolue, qui vit à Goma après avoir passé 17 ans à Butembo, sa ville natale. Ces moqueries font que certains ont décidé de ne plus s’exprimer du tout : « Dans  l’amphithéâtre, je préfère désormais ne plus demander la parole pour répondre à une quelconque question d’un enseignant », affirme John, un étudiant à la faculté de droit.

Les enseignants non plus ne sont pas à l’abri des critiques et moqueries. « Quand certains enseignants dictent les notes de son cours, c’est un festival de rires dans l’amphithéâtre », avoue Sagesse, un étudiant d’une université de Goma.

Avec son accent, difficile de trouver l’amour

Pour certains jeunes, l’interférence de la langue maternelle constitue un critère de rejet des sollicitations amoureuses. Outre le fait que c’est une attitude dictée par le tribalisme chez certains, d’autres estiment que parler le français avec des interférences de la langue maternelle est inacceptable après plusieurs années passées sur les bancs de l’école. « C’est décevant de croiser une fille à la beauté légendaire qui te parle avec l’accent de sa langue maternelle », reconnait Patrick, célibataire, pour qui cela est facteur d’élimination. Il craint que sa famille et ses amis taxent sa chérie de « nouvellement venue en ville ».

Notre diversité culturelle est notre richesse

Parler avec l’influence de la langue maternelle est une preuve qu’avant d’apprendre le français, on parlait sa propre langue. Et c’est dans celle-ci qu’on a appris à balbutier et à prononcer ses premiers mots. C’est une richesse linguistique. Avec nos 450 tribus et ethnies, les interférences linguistiques varient d’une tribu à une autre. C’est une véritable diversité culturelle que plusieurs pays ne connaitront jamais.

Bref, parler le français avec l’accent de sa langue maternelle veut tout simplement dire : «  J’ai appris une langue étrangère mais je ne l’ai pas laissée m’arracher celle qui me lie à mes origines et à ma culture. »

On devrait donc respecter ces personnes.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. « J’ai appris une langue étrangère mais je ne l’ai pas laissée m’arracher celle qui me lie à mes origines, à ma culture « .
    Je ne suis français : Je suis Mubembe, Je le dis très haut que je ne suis pas français mais je suis Munande, Je le répète que Je ne suis français : mais Je suis Murega, Oui je le confirme que Je ne suis pas français mais Je suis Mushi, etc.
    Enfin je ne suis pas français, Je suis Congolais, un Pays riche en ethnies, en tribus. Je suis fier d’être Mubembe, Je suis fier d’être Muhunde, Je suis fier d’être Munyanga parce que je le suis.
    J’ai une culture à sauvegarder, J’ai une origine à protéger, Je me sens mieux quand je parles mieux ma langue natale que le Français.
    Autant qu’un peuple n’existe pas sans histoire, Je me demande encore qui serais-je sans culture ? Qu’est-ce qui m’identifierait ?
    Parlons sans honte, débattons sans crainte en français selon notre prononciation, Et selon la prononciation qu’on lui donne…
    Nous avons tous des origines, alors le mauvais parler du français ne doit jamais faire objet de discrimination, ni de marginalisation par contre cela doit être un nouveau soubassement pour renforcer nos liens ancestraux, les liens d’appartenance à telle ou telle autre tribu, Il devrait être un nouveau moyen pour faire connaissance de son nouveau frère Congolais, de ses origines, de son histoire comme dans l’ancien temps….
    Le mauvais parler du français ne doit jamais faire objet de tolérance dans le groupe mais plutôt une prise de conscience à ceux qui prétendent parler bien « qui » ils sont vraiment.
    Le mauvais parler du français ne devrait pas faire objet de moquerie dans le débat mais plutôt d’envie du retour à l’origine pour ceux qui ont perdu le sens de leur culture en vouloir être comme ceux qu’ils ne seront jamais.
    Soyons fier de ce que nous sommes, soyons fier de nos cultures, de nos origines… Donnons toujours la valeur à nos dialecte, Et battons nous pour leur sauvegarde, parlons le français comme un vrai Mutetela, comme un vrai Muhavu, comme un vrai Munyabwisha et inquiètons nous moins de ceux qui pensent que nous sommes Français.

    Katunda Ramazani André

  2. Je vous approuve, nous, africains, avons tendance à perdre nos repère et ne voir authentique que ce qui vient de l’extérieur maitrisons nos culture, puisons ce qu’il y’a de mieux… La culture commence par la langue et l’interference linguistique doit être vu comme un signe d’authentification…

  3. Un Québecois parle français … avec un accent Québécois
    Un Marseillais parle français … avec un accent Marseillais
    Un Belge parle français … avec un accent Belge
    Un Parisien parle français … avec un accent Parisien

    Donc n’importe quel Africain francophone parle français tout aussi bien, et souvent mieux qu’un parisien…

  4. laissez les chiens aboyer …. Hormis les 40 immortels ( qui ne sont que 35 je crois en ce moment ) personne ( et encore meme eux des fois pas sur ) ne peut pretendre maitriser le francais, moi le premier . MAIS les accents font tout le charme d’une langue ! Nous avons tous un accent , seulement on ne s’en rend pas compte ( moi accent parisien il parait, normal ) , et a part certains accents tres typique ( quebecois, marseillais, tchi … ) ben …. j’ai en face de moi des locuteurs francophones, allez, bisous la RDC