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Papa Félicien et l’huile de palme : une passion de 32 ans

C’est une histoire de passion que je vais vous conter. Une histoire entre Félicien et sa passion pour la vente d’huile de palme. Il est très rare de nos jours de voir des hommes pratiquer un tel métier.

C’est par hasard, en prenant des photos des vendeurs du marché de Kapela que j’ai rencontré avec grand étonnement monsieur Félicien.  Assis sur un long tabouret en bois, il porte un blouson et un pantalon bleu, servant tranquillement ses clients en secouant son huile dans un bassin. Une boite à tomate en métal recyclé lui sert de mesure de quantité d’huile.

De temps en temps, Félicien discourt avec ses collègues en souriant, il a le visage rayonnant. Fier de son métier, aucune honte ne se lit sur son visage. Aussitôt, je lui fais part de mon admiration pour son dévouement à son travail. Gentiment, il sourit sans dire mot. Il hoche la tête en signe d’acceptation. Je décide alors d’échanger avec lui afin qu’il m’explique comment il en est arrivé à être vendeur d’huile de palme au marché Kapela. Il raconte :

« Beaucoup ont eu du mal à accepter et à comprendre le fait que je sois un vendeur d’huile de palme, ‘’un métier de femmes », disent-ils. Je n’en ai jamais eu honte, bien au contraire, ce métier est toute ma vie, quoique je ne le souhaite pas à mes enfants. Je pense qu’ils ont leur destin et feront leurs propres choix. Quant à moi, c’est grâce à ce métier que j’ai pu me marier, et scolariser mes enfants. Je veille à leur éducation et espère les voir émerger et aller plus loin.

Je ne suis pas devenu vendeur d’huile de palme par hasard. Mon père, suite à des difficultés financières, n’a pas pu m’assurer de longues études. Je commence alors le commerce en 1986. Pris de compassion pour moi, mon oncle maternel, un businessman acharné, m’introduit dans le commerce d’huile de palme.

À mes débuts, j’ai effectué d’innombrables voyages vers le Kongo Central, où j’achetais l’huile en gros pour ensuite revendre au détail auprès des particuliers et chez d’autres revendeurs ici à Kinshasa. Suite à un accident d’un membre de ma famille sur cette route du Kongo Central, j’ai décidé d’arrêter avec les voyages. C’est ainsi que depuis 1991, je travaille ici au marché de Kapela comme vendeur d’huile de palme. J’achète mon huile chez les grossistes venant du Bandundu, ou vers le rond-point Ngaba ou encore à Kingasani.

Au début, j’ai  eu du mal à me faire accepter par les femmes vendeuses. Certains considèrent mon métier comme sale, surtout certaines femmes. Je me souviens un jour, l’une d’elle, qui m’intéressait réellement, me lança des mots choquants disant : ‘’Qu’est ce qui peut bien m’attirer vers un vendeur d’huile de palme que tu es ! Un métier sale ! Je ne peux pas.’’ Cette phrase m’avait fortement blessé, mais j’ai compris après que certains choix que l’on fait, ne conviennent pas forcément à tout le monde. C’est donc mon choix, je l’assume, que ça plaise ou pas.

Egalement, les hommes qui travaillent aussi dans ce marché de Kapela, n’ont pas accepté que je sois vendeur d’huile de palme. L’un d’eux m’a dit une fois : ‘’Dis donc Féli, tu sais que ce métier est plus pour les femmes, et tu es le seul homme dans ce marché qui fait ce travail féminin, tu peux changer, non !‘’ Ils riaient mais je ne prêtais pas attention. Je me suis contenté de faire mon travail, car je sais ce qu’il apporte à ma famille. J’aime ce que je fais et je le fais avec passion et dévouement. »

 


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