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L’impunité, un mode de gouvernement

Il ne se passe plus un mois sans qu’un nouveau scandale financier ne défraie la chronique, en RDC. Détournement des fonds, corruption à grande échelle, rétro-commissions, mauvaise gestion, malversation… le tout couronné par l’impunité. Les révélations s’accumulent dans l’administration publique. C’est notamment sur des faits de la période du règne de Joseph Kabila.

Comment mettre fin à l’impunité dont semblent jouir certains acteurs de l’administration publique et qui est carrément devenue un mode de gestion ?

Le dernier scandale en date concerne le détournement des « reliquats de la paie », dans le projet de bancarisation. C’est plus de 250 millions de dollars destinés à la paie des fonctionnaires qui auraient été détournés entre 2011 et 2019. Ce scandale s’ajoute aux autres encore connus : faillite Transco, Bukanga Lonzo, Fibre optique, 100 jours, 200 millions Gécamines, etc. Cela met en lumière une fois de plus le désordre, la légèreté et surtout l’impunité qui caractérisent la gestion du pays.

Les scandales s’accumulent, mais on constate que les auteurs qui sont pourtant connus dans la plupart des cas, ne sont que très peu inquiétés par la justice. Jouissent-ils d’une immunité quelconque ou cela relève-t-il d’une volonté politique d’impunité ? En tout cas, cette sorte d’impunité fragilise toute la lutte contre la corruption et les détournements des fonds publics que le président de la République actuel entend mener.

Une impunité entretenue et encouragée                    

Tenez ! En juillet 2014, le PDG de la Gécamines Ahmed Kalej Nkand est révoqué par le président Joseph Kabila, officiellement pour faute grave. Mais plusieurs enquêtes, notamment celle de RFI, ont révélé des problèmes de malversations et de surfacturation au sein de cette société de l’Etat. Kalej ne sera jamais poursuivi, ou simplement pour une question de forme. Et en 2018, il est même nommé directeur général de l’Autorité de régulation de la loi sur la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP).

Et comme Ahmed Kalej Nkand, les rares personnes qui ont été sanctionnées sous Kabila, n’ont fait que perdre leurs juteux postes sans aucune poursuite au niveau judiciaire. Sauf parfois pour ceux qui sont passés dans l’opposition. Au contraire, les auteurs de ces délits sont mêmes promus à de nouvelles fonctions. Une impunité sans pareille entretenue et encouragée par ceux qui sont censés la combattre. C’est à se demander ce que des structures comme l’Inspection générale de finances (IGF) effectuait comme boulot sous Kabila. Même le rapport du conseillé spécial de ce dernier, en charge de la lutte contre la corruption, ne donnait pas lieu à des poursuites judiciaires.

L’impunité continue

Malgré la volonté affichée, les mêmes pratiques héritées de la gestion de Kabila se poursuivent encore aujourd’hui. Le directeur financier de la maison civile du chef de l’Etat Félix Tshisekedi, par exemple, a été jeté en prison pour avoir supposément détourné 2 millions de dollars américains. L’affaire c’est arrêté là. Célestin Mwambi aurait été libéré en catimini, sans procès et on ne saura peut-être jamais ce qu’est advenu des 2 millions de dollars qui auraient été détournés.

L’impunité qui a été érigée en mode de gouvernement dans notre pays ne contribue pas à assainir la gestion de la chose publique. Et le fameux procès dit de « 100 jours » n’était qu’une goutte d’eau dans un vaste océan d’impunité totale. Il est vraiment temps qu’une justice non politisée et non sélective se penche sur la question. Tant qu’il y aura des gens au-dessus de la loi, l’impunité régnera, la corruption, les malversations et les détournements des fonds publics continueront.

 

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