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INERA-Ngandajika, combattre l’insécurité alimentaire par l’agriculture durable

Au Congo, l’insécurité alimentaire est tout aussi meurtrière que l’insécurité causée par les armes. Nombreux sont les enfants, mais aussi les hommes et les femmes victimes de sous-alimentation. Qu’on le veuille ou pas, seule l’agriculture peut rétablir la paix et la sécurité du ventre.

En ce 21e siècle, force est de constater que la RDC enregistre régulièrement des situations de crise alimentaire récurrente dans plusieurs provinces, alors que le pays dispose des moyens pour se mettre à l’abri. L’Institut national d’études et de recherche agronomique (INERA) est un véritable atout pour combattre l’insécurité alimentaire en RDC. Hélas, cette institution, dont la création remonte à l’époque coloniale, est négligée tant par la population que par l’État congolais lui-même.

En territoire de Ngandajika, situé au centre de la RDC, se trouve l’un de grands centres de l’INERA. Ici différents programmes sont mis au point pour faire de l’agriculture durable un moteur du développement de la RDC. Les centres et stations de l’INERA couvrent l’ensemble de zones agro-écologiques du pays. L’INERA-Ngandajika mène ses activités sur dix provinces : les trois Kasaï, Lomami, Sankuru, le Maniema et les quatre provinces issues de l’ancien Katanga. Il dispose d’un laboratoire agronomique moderne où travaillent 29 chercheurs et 30 techniciens.

L’INERA- Ngandajika développe plusieurs variétés de semences améliorées pour assurer une meilleure alimentation de la population congolaise. Pour cela, des recherches sont faites sur les cultures vivrières : maïs, manioc, riz, niébé, patate douce, haricot commun, pomme de terre et arachide.

Pour une agriculture industrielle

Le directeur de l’INERA-Ngandajika, l’ingénieur Olivier Mulamba, exhorte l’État congolais à encourager l’agriculture industrielle dans le pays. « L’agriculture dont le Congo a besoin aujourd’hui n’est pas l’agriculture de subsistance et de simple consommation locale comme la population la pratique aujourd’hui. Voilà pourquoi, les Congolais ne mangent pas à leur faim. Il faut une agriculture durable et industrielle pour mettre fin à l’insécurité alimentaire », analyse Olivier Mulamba.

Grâce au procédé de multiplication et des croisements des molécules de semences agricoles existantes, les chercheurs et les techniciens de l’INERA-Ngandajika ont mis au point des variétés de semences améliorées d’une performance nutritive scientifiquement éprouvée et reconnue par des organisations internationales telles que la FAO. C’est le cas du maïs QPM (quality protein maize) ici appelé localement maïs-viande. Le QPM est un maïs extrêmement nutritif car il contient le même genre de vitamines et de protéines que n’importe quelle viande. Une variété produite par le centre.

L’INERA-Ngandajika produit aussi toute sorte de variétés de légumineuses bio-fortifiées riches en nutriments. Or, si le Congo avait une politique agricole efficiente et de développement, toutes ces variétés locales pourraient être valorisées et exportées dans le monde entier, afin de générer des devises nécessaires pour la durabilité alimentaire du pays.

« L’agriculture sauvera les Congolais »

Selon le directeur de l’INERA-Ngandajika, Olivier Mulamba, l’agriculture est la seule richesse inépuisable qui peut développer le Congo. Il rappelle : « A l’époque de la colonisation, les Belges disaient : ‘’Les mines feront le Congo, mais c’est l’agriculture qui sauvera les Congolais’’. »

Olivier Mulamba déplore l’émigration des Congolais qui vont chercher une meilleure vie à l’étranger. « Aujourd’hui les Congolais sont en train de fuir la faim et le chômage au Congo. Ils vont en Afrique du Sud, en Europe, pourtant le Congo a un sol extrêmement riche en mesure de nourrir tous ses fils et filles et de résorber le chômage des jeunes », explique-t-il.

L’insécurité alimentaire est également causée par les feux de brousse et la déforestation pour les besoins de bois-énergie. Non seulement ils contribuent au réchauffement climatique, mais aussi ils appauvrissent le sol, le rendant peu productif. Au Congo, les populations croient qu’en brûlant la brousse et la forêt, ils fertilisent le sol pour l’agriculture, alors que c’est le contraire. Il y a 25 ou 30 ans, nos villages produisaient des tonnes de maïs, de manioc, de haricots et de riz. Aujourd’hui, ils n’en produisent plus qu’une infime quantité et recourent à l’importation pour couvrir les besoins en nourriture.

Chose étonnante, la population congolaise, qui vit dans la pauvreté et la misère, reste paradoxalement indifférente vis-à-vis de l’agriculture qui est la chose même qui peut la rendre heureuse. Et le directeur de l’INERA-Ngandajika de conclure : « Les Congolais sont si paresseux qu’ils dorment affamés tout en étant assis sur une terre pleine de richesses. Au Congo, la terre fertile, la faune et la flore meurent de vieillesse. »

La faute aux dirigeants

En réalité, l’insécurité alimentaire en Afrique et au Congo incombe à nos dirigeants qui ont oublié l’agriculture dans leurs politiques économiques. Au Congo, les forêts, les savanes et les terres arables sont transformées en champs de bataille entre groupes armés et forces loyalistes. Conséquences : les populations, fuyant tout le temps la guerre, n’ont pas le temps de s’adonner à l’agriculture. Elles sont alors victimes de famine et de malnutrition. Les rares produits agricoles disponibles coûtent très cher.

Voilà pourquoi nous disons : au lieu de donner des armes aux Congolais pour qu’ils s’entretuent, de grâce donnez-leur des houes et des semences agricoles pour qu’ils cultivent et combattent l’insécurité alimentaire. Au lieu des chars et des blindés, donnez-leur plutôt des tracteurs et des moissonneuses-batteuses. Bref, ce ne sont pas des hommes et des femmes que nous devons combattre, mais plutôt la famine et la malnutrition.

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