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John Kanyunyu, le dernier journaliste à avoir parlé à Mamadou Ndala témoigne

John Kanyunyu est le dernier journaliste à avoir parlé à feu Mamadou Ndala, ce colonel élevé au grade de général après sa mort et héros de la guerre contre les rebelles du M23 dans l’est de la RDC. Ils étaient ensemble quelques minutes seulement avant sa mort tragique, sur laquelle plane encore de gros doutes, même si un procès a déjà établi les responsables de ce meurtre.

John Kanyunyu travaille dans les médias depuis près de 20 ans. D’abord correspondant de Chanel Africa en 2000, il a travaillé comme correspondant de la Voix de l’Amérique et actuellement il travaille pour la radio allemande, Deutsche Welle. Il nous livre ici son témoignage des trois derniers jours passés auprès de Mamadou Ndala.

C’était un homme ouvert

J’ai connu feu le général Mamadou Ndala en 2012, alors qu’il était colonel et qu’il arrivait au Nord-Kivu, où il devait commander une unité de commandos qui avaient pour mission de sécuriser conjointement la ville de Goma. C’était un homme ouvert qui facilitait la tâche aux journalistes et qui voulait rendre compte à chaque étape des opérations militaires qu’il menait. Sa détermination pour redorer l’image de l’armée congolaise traitée de tous les maux avait fait de lui un héros, pour beaucoup de Congolais, mais surtout pour ceux de l’Est. Cela avait eu pour effet que la population s’était appropriée ses opérations militaires. Elle avait une confiance difficilement explicable en cet homme. Elle croyait aussi en la réussite de ses opérations. Et c’est fut le cas, les M23 ont été vaincus fin 2013. Après cette défaite du M23, Mamadou Ndala avait fait le déplacement de Goma à Beni où il devait commander les opérations contre le mouvement rebelle ougandais ADF.

Le 31 décembre 2013, j’étais avec lui et d’autres collègues à Eringeti, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville de Beni où il devait installer son état-major. Je me souviens que ce jour-là, nos collègues cameramen étaient partis en brousse avec des commandos sous les ordres de Mamadou Ndala en patrouille de reconnaissance sur le terrain avant le lancement des opérations prévues pour janvier 2014. Ces collègues journalistes s’étaient perdus dans la brousse et ce n’est que vers 20h que nous avions pu à nouveau entrer en contact avec eux. Du coup, un confrère correspondant de l’Agence France presse, Albert Kambale et moi, nous avons accompagné Mamadou Ndala avec une escorte pour aller attendre nos collègues sur leur chemin du retour. C’était autour de 21 heures.

Nous n’avons qu’un seul pays, la RDC

Pendant que l’on attendait les amis qui étaient partis en patrouille, j’en ai profité pour lui poser des questions sur les motivations de sa détermination, et pourquoi il n’avait pas peur de mourir dans la zone rouge aux heures si tardives. Courbé à la portière de ma jeep Toyota Surf, il était très élancé, il m’a répondu : « Mon ami John Kanyunyu, nous n’avons qu’un seul pays qu’est la RDC et nous n’avons pas d’autres choix que de le débarrasser de tous les groupes armés pour permettre à nos concitoyens de regagner leurs champs et d’y travailler pour la survie de leur progéniture. C’est donc ça qui justifie ma détermination et, j’en suis sûr, nous allons y parvenir. Cela nous permettra d’être respectés par nos voisins qui se moquent de nous après avoir détruit notre armée lors de la guerre dite de libération de 1996-1997. »

La lenteur d’Internet m’aura sauvé la vie !

Après l’arrivée de nos collègues et les commandos avec qui ils étaient en patrouille dans la brousse, Mamadou Ndala décida de nous escorter cette même nuit du 31 décembre 2013 de Eringeti à Beni. C’est le 2 janvier 2014 qu’il devait quitter Beni pour s’installer à Kasana/Eringeti où il avait érigé son quartier général. Il venait de payer toutes ses factures à l’hôtel Albertine de Beni où il logeait. On y était, des confrères et moi, préparant nos affaires pour partir ensemble à son QG.

Nous étions plusieurs journalistes et nous devions envoyer des mails à nos rédactions respectives. Leur parler de notre déplacement en proposant aussi des sujets sur ce déplacement. La connexion internet posait un problème, elle était lente. Les confrères m’ont délégué pour aller dire au général Mamadou qu’on ferait l’interview à Eringeti après qu’on ait pris les images des villages fantômes le long de la route Oicha-Eringeti. Il accepta, en parla à son assistant, le capitaine Moïse, puis nous fit signe que nous devrions déjà partir. Comme nos mails tardaient toujours à partir, les journalistes décidèrent qu’ils viendraient plus tard. C’est surement cela qui nous a sauvé la vie ! Car dans le cortège, à chaque fois ma jeep était derrière celle de Mamadou Ndala ! Cela aurait été le cas le jour de son assassinat aussi !

La triste nouvelle, Mamadou n’est plus

Les mails envoyés, enfin, et pendant que nous éteignions nos ordinateurs, nous vîmes son assistant, capitaine Moïse, passer sur la route avec les phares allumés quelques minutes seulement après leur départ de l’hôtel. Ne comprenant pas ce qui se passait, un ami pris son téléphone pour appeler le capitaine Moïse. Il décrocha tout en pleurs, avant de raccrocher quelques secondes après. Ne sachant pas ce qu’il s’était passé, les confrères et moi, nous nous sommes engagés sur la route Beni-Eringeti.  Arrivés à Ngadi non loin du lieu du drame, nous avons été accueillis par une pluie de balles tirées par les commandos pour pleurer leur commandant ! C’était alors la fin de l’histoire Mamadou Moustapha Ndala. Il venait d’être tué, calciné dans sa jeep.

La nouvelle se rependit très vite, et comme tout le monde savait que mon véhicule était souvent derrière sa jeep, j’ai reçu de nombreux appels téléphoniques de mes proches pour vérifier si j’étais en vie. Je suis donc le dernier journaliste à avoir parlé à feu le général Mamadou Moustapha Ndala avant son départ pour Eringeti, où il n’est jamais arrivé. Je retiens de ce vaillant combattant l’amour de la patrie et la détermination, allant jusqu’au sacrifice suprême. Encore une fois, paix à son âme et je ne l’oublierai jamais !

 


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Les commentaires récents (6)

  1. QUE SON ÂME REPOSE VÉRITABLEMENT EN PAIX ET QUE DE LÀ OÙ IL EST, IL PUISSE VEILLER SUR CEUX ANIMÉS DU MÊME ESPRIT QUE LUI…

  2. Nous deplorons tous sans exepyion la mort de notre cher heros mamaus mustapha lui qui a mis fin à l’enventuere de m23 dans l’Est de la RDC, que son âme repose en paix, les congolais inciviques ont jugé bon des mettre fin à sa vie or ns avait encore besoin de lui! Que vive mamadu le jeune général vaillant combattant que vive les cimmandos de la RDC. Merci pour l’information mr KANYANYA.

  3. Quel poignant témoignage ! Curieusement, tous les vaillants commandants qui se sont distingués à l’Est ont été soit détachés (brusquement), soit assassinés (tout aussi brusquement) ! Faut-il faire un dessin ? O pauvres Congolais, qu’on prend pour des vauriens !

  4. C’était l’unique qui voulait remettre l’espoir des Congolais et redonné à notre armée, son véritable image. Mais dommage que sa détermination était pour les autres, un pêché qui a obligé sa peau.

    Paix à son âme!

  5. un héros ne meurt jamais, par ses oeuvres héroïques, il vit à perpétuité! son histoire continuera à être raconté de génération en génération!!!