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Le Katanga, du soutien total à l’opposition à Joseph Kabila ?

Quatre principaux leaders katangais ont pendant longtemps contribué à la popularité de Joseph Kabila. Il y a tout d’abord Charles Mwando, originaire de l’actuelle province du Tanganyika, chef de l’Unadef , ancien gouverneur du Kivu. Il était vice-président de l’Assemblée nationale lors de son exclusion de la majorité présidentielle. Il y a ensuite Gabriel Kyungu, fédéraliste lui aussi, ancien gouverneur du Katanga et chef de l’Unafec . Originaire du Haut-Lomami, il était président de l’Assembléede la province, jusqu’à son démembrement. Il y a également Danis Banze, dont la base arrière se trouve à Likasi, près de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga. Il préside l’Alliance pour le Congo (ACO). Enfin, il y a Moïse Katumbi, dernier gouverneur du Katanga et président du Tout-Puissant Mazembe, le célèbre club de foot de RDC basé à Lubumbashi.

Exclus de la Majorité Présidentielle (MP), ils sont aujourd’hui les nouveaux opposants de Kabila, qu’ils accusent de vouloir prolonger son mandat au-delà des délais constitutionnels. Ils se battent aujourd’hui pour le respect de la constitution et l’alternance au pouvoir.

Une répartition litigieuse des ressources économiques

Pour expliquer ce basculement de l’ex-Katanga vers l’opposition, trois principales raisons sont évoquées. La première est économique et serait à l’origine d’un éveil des consciences, selon l’opposant indépendant Adelard Kufi :

« un éveil de conscience qui se manifeste, surtout, sur le plan du partage des richesses. Le Katanga envoyait beaucoup d’argent à Kinshasa. En retour, il ne recevait pratiquement pas grand-chose : même les 40%, en termes de rétrocession. Et l’argent servait à construire d’autres coins du pays. »

Avant leur exclusion, Moïse Katumbi et Gabriel Kyungu n’ont pas ménagé leurs critiques à l’endroit de Kinshasa. Ils ont, à plusieurs reprises, abordés le problème de la répartition des richesses. Ces commentaires leur ont permis de s’attirer la faveur des populations pauvres, qui voient au quotidien des camions chargés de minerais, circuler sur les routes. Face à ces critiques, Joseph Kabila a répondu, en janvier 2015, au notable katangais que ce sont les autorités de la province ( le gouvernement de M. Katumbi et l’Assemblée de G. Kyungu) qui n’ont pas utilisé les moyens à leur disposition pour la développer. Selon Maître Mutamba, membre du Mouvement national du Congo, cet argument paraît « très facile pour être vrai ».

Un découpage territorial impromptu et suspect

L’autre raison du basculement du Katanga dans l’opposition tient au démembrement des provinces, une opération pourtant constitutionnelle. Evoqué depuis 2006, ce découpage n’était pourtant pas à l’ordre du jour en 2015. L’opposant Adelard Kufi voit dans la précipitation de la réalisationdu découpage, une volonté d’affaiblir les leaders katangais, notamment Moïse Katumbi : « Ce n’est pas le démembrement qui va faire oublier à la population ses leaders en qui elle s’identifie. Là où l’on n’a pas trouvé mieux, Moïse Katumbi a fait quelques réalisations dans le Katanga. Le peuple a confiance en lui. »

Toutefois, selon Paul Shamwange , secrétaire permanent du PPRD (parti présidentiel) du Haut-Katanga, ce sont les rêves de grandeur et l’orgueil qui ont fait basculer les dissidents de la MP dans l’opposition : « La plus grande tentation pour ceux qui travaillent longtemps avec un chef, c’est de tomber dans l’orgueil de Lucifer. Ils cherchent à remplacer le chef. »

Mais selon Maître Mutamba, les membres du G7 ne sont tout au plus que des dissidents : « Katumbi et Kyungu se sont battus pour l’unicité du Katanga. Leurs vœux ne peuvent plus se réaliser », commente-t-il. L’opposition exige une divergence idéologique, soutient-il, pas une simple divergence de points de vue. Il se souvient, qu’« à la radio et à la télévision, Katumbi annonçait que c’est grâce à Joseph Kabila qu’il était là ; et qu’il ne le quitterait pas. »

Un héritage katangais

La troisième raison évoquée pour expliquer la naissance de l’opposition katangaise tient au profil même des opposants. « Mwando et Kyungu, vieillissants, par exemple, pensent à l’héritage politique qu’ils vont léguer à la postérité Katangaise pendant que Katumbi est bien placé pour faire face à Joseph Kabila, même dans un scrutin », estime un journaliste. Il ajoute que même si le Katanga n’existe plus : « mais eux, ils y croient. Le Katanga les a façonnés. » . Avant sa démission, Moïse Katumbi a bâti la place de l’identité katangaise(quatre personnes, mains dans la main), située au Carrefour, un quartier nord du centre-ville de Lumumbashi. Ce monument traduit cette idée : rester uni malgré le démembrement du Katanga.

Une nouvelle ère politique s’ouvre ainsi en RDC, en particulier au Katanga qui est le fief d’origine de Laurent-Désiré Kabila, devenu le fief de Joseph Kabila. « Aujourd’hui, l’image est tout autre », commente Adelard Kufi. Mais pour Paul Shamwange : « l’ancien Katanga reste toujours le fief du chef de l’Etat Joseph Kabila. Les gens peuvent le soutenir, tout comme ils peuvent le quitter : c’est la démocratie, un bilan positif de Joseph Kabila. »

La lutte a déjà commencé. Dans les médias, les nouveaux opposants sont parfois présentés comme inconstants. Un jour à peine après leur installation, les commissaires spéciaux (les autorités des nouvelles provinces), ont annoncé que les caisses du Katanga étaient vides. La province a également une dette inexpliquée de 55 millions de dollars. Le lendemain, son ancien ministre des finances, Chistian Mwando répond que la dette s’élève en réalité à 2 millions et ajoute que Kinshasa doit 2,5 milliards de dollars à la province. Il s’agirait de rétrocession non livrée durant près de 9 années.

La précipitation de l’annonce des nouvelles autorités a été critiquée et perçue comme une volonté de nuire à la réputation des anciennes autorités de la province.

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