Lounge-bar, lieu discret pour les ambianceurs à Kinshasa , photo Tiers
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Lounge-bars ou des « kuzu 2.0 » ?

Réputée capitale africaine de l’ambiance, Kinshasa a bâti sa réputation sur la joie de vivre. La renommée de ses coins chauds, barres et terrasses en pleine rue, a traversé les frontières nationales. Matonge, Kapela, Super Lemba… Pourtant, ces habitudes, cette identité, ces coins, Kin les perd petit-à-petit au profit d’une nouvelle tendance : les lounge-bars, plus classes, plus calmes et plus romantiques. Mais parfois, ces lieux cachent le pire.

Les lounge-bars désignent ces salons VIP très calmes qui poussent comme des champignons dans la capitale congolaise. Dans ces lieux qui exhalent l’odeur du luxe, tout est parfois permis, sans l’être officiellement. Une aubaine pour les tourtereaux qui y trouvent un cadre idéal pour assouvir certains désirs à moindre coût.

Le luxe à bas prix

L’accès aux lounge-bars est libre, à condition de débourser autour de 5.000 francs congolais (environ 3$), l’équivalent de deux bouteilles de bière. Pour plusieurs jeunes rencontrés à Bandal, commune où se concentrent la majorité de ces lounge-bars, ces cadres offrent une véritable bouffée d’oxygène à leurs poches. « Avant, il fallait débourser 20 à 30$ pour s’offrir une sortie romantique dans un cadre assez huppé. Aujourd’hui, les salons VIP facilitent cela avec moins de 10$ », a soutenu Emmanuel Bujitu, 23 ans, agent d’une société de microfinance. Pour le journaliste Patrick Loude, 26 ans, « le calme et la fraîcheur dans ces salons ‘’dressent le lit’’ pour un bel échange. Des instants romantiques comme on les voit dans les films ».

Souvenez-vous des kuzu

Il y a peu, c’était plutôt un phénomène tout autre qui régnait dans la capitale. Les kuzu, ces espaces obscurs, calmes certes mais insoupçonnés où tout était permis, même la prostitution. Aujourd’hui, les kuzu tendent à disparaitre. Ce qui se faisait dans les kuzu, est repris dans les lounge-bars, mais en y ajoutant un peu de style, de classe.

Chantal Sundi, la quarantaine révolue voit d’un très mauvais œil la multiplication de ces cadres qui, selon elle, sont une modernisation des kuzu. « Aucun parent sérieux ne peut laisser son enfant fréquenter ces milieux. Ce qui s’y passe dans le silence et le noir qui y règne relèvent de la pure débauche », estime cette mère de famille.

Jean-Pierre Mugangu, tenancier d’un de ces lounge-bars essaie de nuancer. Pour lui, il ne faut pas voir le diable partout. « Certes, tout n’est pas parfait, mais nos salons ont permis aux jeunes ayant un faible revenu de sortir du complexe. Nous offrons le luxe à moindre coût », a-t-il dit.

Toutefois, comme toujours, on se plaint ici encore de la réglementation sur la protection des mineures, car il n’est pas rare de voir des enfants de moins de 18 ans fréquenter ces lieux. Surtout les samedis ! « Mukolo ngulu a lia maman naye »  (le jour où tout est permis). Si les tenanciers de ces entreprises rassurent que les mesures drastiques sont prises en amont et en aval, le constat reste amer. Quelques billets de banque suffisent pour soudoyer le vigile et briser la barrière « âge » qui, elle aussi, est déterminée d’une manière totalement évasive.

Bref, voyons les choses du bon côté. Se payer une soirée dans un salon VIP d’un hôtel 5 étoiles à Kinshasa est hors de portée pour la majorité des Kinois. Alors pourquoi pas se contenter d’un lounge-bar à Bandal ou à Bon marché ? Pourvu que tout débordement soit évité.

 

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