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RDC : le pays des conférences qui ne servent à rien

Ne soyez pas surpris. Au Congo, nous avons notre propre façon de résoudre nos problèmes. C’est à travers des conférences. Conférence le matin, forum le soir, colloque le lendemain… À chaque problème social sa conférence à Kinshasa. Si bien que je ne sais plus compter le nombre de conférences déjà organisées rien que dans cette première année du mandat du président Tshisekedi. Hélas, le plus souvent pour aucun résultat.

Franchement, je commence à me demander si ce sont des event planners que nous avons élus ou des hommes d’Etat. La dernière idée de conférence annoncée par le gouverneur de Kinshasa m’a laissé perplexe. C’est sur les inondations à Kinshasa !

Conférence sur les inondations à Kinshasa

« Nous avons résolu d’organiser une conférence sur la problématique des inondations à Kinshasa… Elle aura lieu le mois prochain [novembre] sous l’égide du chef de l’Etat Félix Tshisekedi », a déclaré le gouverneur Ngobila le samedi 26 octobre. C’était juste après que la ville venait de subir de grosses inondations dues aux pluies qui s’étaient abattues cette semaine-là sur Kinshasa.

Lorsque quelqu’un comme le gouverneur Ngobila, qui a lancé une opération de lutte contre l’insalubrité à Kinshasa, croit qu’il suffit d’une conférence pour résoudre la question des inondations, c’est un aveu de faiblesse à mon avis.

Pourquoi on n’utiliserait pas cet argent des conférences pour financer par exemple des travaux de débouchage des caniveaux ? Le problème est connu, la solution aussi. Le gouverneur le dit même dans ses propos : « En tant que politiques, nous devons arriver à prendre des décisions : qu’il s’agisse des démolitions [des constructions anarchiques], de déviation des ouvrages de drainage… »

Connaissant ainsi le problème, la cause et la solution, pourquoi ne-lance-t-il pas directement les travaux ? Je prie qu’il ne pleuve pas le jour de cette conférence, car elle risquerait de se tenir dans une salle bien inondée.

On a récemment eu un forum sur le numérique

J’ai participé un peu à ce forum. Je vous épargne les détails. On a reporté la conférence de presse qui devait y avoir lieu à cause de l’indisponibilité d’un individu. Mais après le forum, rien n’a bougé du côté des télécoms. Le coût d’Internet reste élevé et la qualité continue à faire défaut. Aucune garantie pour nous rassurer qu’il n’y aura plus de coupure d’Internet « pour des raisons sécuritaires ».

La conférence sur les énergies renouvelables

Elle a eu lieu au Kongo Central. Même des musiciens qui n’ont rien à voir directement avec la Snel (Société nationale d’électricité) ont été invités à ce forum. Des selfies par-ci, des comédies par-là, et après ? Rien n’a changé, la situation sociale du pays demeure comme avant. Délestages, câbles électriques pourris, raccordements frauduleux, coupures intempestives, coût trop élevé des solutions d’énergies renouvelables… Bref, avant le forum égal à après le forum.

Entrepreneuriat n’en parlons même pas

Ici, j’ai simplement compris qu’il y a deux types d’entrepreneurs au Congo. Ceux qui nous vendent du concret et ceux qui vendent du vent. Les premiers sont ceux qui ont réellement des entreprises innovantes, commerciales et autres qui génèrent des revenus. Malheureusement, dans notre pays, la plupart de ceux qui ont de telles entreprises sont des étrangers. On y trouve très peu de Congolais.

Dans la seconde catégorie d’entrepreneurs, vous trouvez la plupart des Kinois. Business Networking, meeting B2B, Bukutani, ITC et j’en passe. On change de termes, on trouve un bon communicateur, et le tour est joué. On se targue « d’entrepreneur » sur les réseaux sociaux. Je n’ai jamais vu un Indien, un Chinois ou un Libanais tenir une conférence sur l’entrepreneuriat à Kinshasa, mais ce sont eux qui tiennent la majorité des commerces dans la ville.

On ne cesse de tenir des conférences qui n’aboutissent à rien. Pendant ce temps, le PIB par habitant demeure toujours aussi bas. L’indice de développement humain nous classe toujours au bas de l’échelle.

Ce n’est pas tout, comme beaucoup de jeunes, j’ai participé à plusieurs hackathons ici à Kinshasa. J’avoue n’avoir jamais remporté même un seul. Peut-être que l’entrepreneuriat n’est pas mon domaine. Seulement voilà, aucune de ces start-ups, pourtant prometteuses, qui ont été primées ici et là n’a réellement percé ! Après les prix, c’est le silence… Ne pensez-vous pas qu’il est temps de changer de modèle ?

Je pense que l’argent qui est utilisé pour organiser ces forums et conférences budgétivores pourrait être utilisé pour financer des initiatives des jeunes. Ceci est l’une des multiples solutions proposées par les jeunes lors du forum sur la gouvernance inclusive organisé par Habari RDC en août 2019.

Après tout ce que nous avons vécu sous Kabila, nous Congolais avons tiré des leçons pour mieux identifier nos problèmes et les meilleures solutions. Il nous faut agir sur le terrain et non passer notre temps à organiser des conférences qui ne servent à rien. Je souhaite que ce billet puisse nous aider à mieux cerner le sens de la fable le « Laboureur et ses enfants » de La Fontaine.

 

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Les commentaires récents (10)

  1. Très exacte !! Nous avons déjà identifié les problémes et aussi les solutions. Ces conférences sans résultats concrets nous appauvrissent davantage.

  2. Enfin une personne (auteur de ce billet) qui pense comme moi! Wallah c’en est trop, les conférences. Y a que ça aux infos en plus

  3. Excellent point de vue! Les problèmes sont connus et les solutions aussi…après le prix c’est le silence… avant conférence égale après conférence. Inutiles les conférences improductives