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RDC: le sport, un marchepied pour la politique ? 

Le ministère congolais des Sports et loisirs a annoncé la suspension du championnat national de football de la première division à partir du 15 décembre jusqu’au 14 janvier de l’année prochaine. Denis Kambay justifie cette mesure par les risques de débordements et de provocation qui peuvent découler des tensions perceptibles dans plusieurs parties du pays, faute d’organisation des élections.

La Fédération Congolaise de Football et Association (Fecofa) n’organise chaque année que deux compétitions nationales dont la Ligue nationale de Football (suspendue) et la coupe du Congo, permettant aux clubs du pays d’être actifs et de générer des revenus. L’équipe nationale congolaise de football, qualifiée pour la coupe d’Afrique des Nations, CAN-Gabon 2017, également en lisse pour les éliminatoires de la Coupe du monde-Russie 2018, tire une partie importante de son ossature des clubs évoluant au sein de ce championnat. Cette suspension des activités sportives pourrait jouer négativement sur la performance des athlètes, appelés à défendre la troisième place remportée lors de la précédente coupe d’Afrique des Nations en Guinée Équatoriale.

Les stades de football, perchoirs pour les opposants

Se considérant muselés et n’ayant pas même le droit d’accès à la télévision nationale comme les membres de la majorité au pouvoir, les partisans de l’opposition politique profitent de tout regroupement pour rappeler au public la situation actuelle du pays, qui rate l’alternance faute d’organisation des élections présidentielles. Un accord politique entre une frange minoritaire de l’opposition et le pouvoir ayant repoussé ces échéances en avril 2018. Les stades de football, qui réunissent régulièrement plusieurs milliers de Congolais, deviennent des lieux de prédilection, où ces membres de l’opposition espèrent passer leurs messages sans censure. Mais ces derniers mois, ces interventions lors d’évènements sportifs sont parfois l’occasion d’actes de violences, d’interruptions de matchs et de bagarres.

Des supporters ont aussi parfois profité des matchs de football pour passer leurs messages au chef de l’État afin qu’il quitte le pouvoir. La célèbre chanson « Yebela », « soit clairvoyant » en langue lingala, et d’autres slogans scandés hostiles à Joseph Kabila ont causé l’interruption des rencontres sportives dans plusieurs stades de Kinshasa. Lors du match comptant pour les éliminatoires de la coupe du monde de Russie, opposant la RDC à la Lybie, la chaîne de télévision nationale congolaise avait momentanément interrompu la retransmission en direct du match car le stade des Martyrs de Kinshasa était totalement envahi par le raisonnement des slogans hostiles à Joseph Kabila et qui étaient repris à l’unisson par les téléspectateurs depuis leurs domiciles ou les salles de cinéma.

Le football, ce sport qui s’en mêle de la politique

Les violences dans les stades de la RDC sont récurrentes et opposent souvent divers fanatiques d’équipes interposées. Mais depuis le début de l’année 2016, ce sont les supporters de clubs qui ont été en altercations avec les éléments des forces de l’ordre. Après la victoire ou l’échec de leurs clubs, les supporters prennent d’assaut différentes artères de la ville de Kinshasa, pour mettre en avant leurs revendications politiques et appeler au départ de l’actuel chef de l’État.

Le 4 janvier de chaque année, les Congolaises célèbrent la commémoration des martyrs de l’indépendance. À cette même date, en 1959, un événement qui déclenchera l’accession de ce pays à l’indépendance s’est produit. Le site internet de la Radio Okapi revient sur cette page de l’histoire congolaise en ces notes : « Le 4 janvier 1959, ce n’est pas seulement le meeting annulé de l’Association de Bakongo par les colons Belges. C’est aussi la rencontre de football entre l’Association Sportive V-Club et le FC Mikado (une équipe de la Sabena, la compagnie aérienne officielle Belge tombée en faillite en 2001) qui se jouait au stade Tata Raphaël à Kinshasa. » François Siki Ntetani, analyste sportif et consultant à Radio Okapi se souvient et relate l’ambiance de ce match : « A la fin de l’année, l’autorité du Congo Belge a organisé un match de gala le 27 décembre 1958 au Stade Roi Baudouin opposant St Eloi à Victoria Club (V.club). Un duel entre le champion d’Elisabethville (Lubumbashi) et Léopoldville (Kinshasa). V.club perd par 5-1. Et le 4 janvier, V.club devrait encore jouer en demi-finale contre Mikado. L’équipe de Léopoldville a perdu par 3-1. Le même score que le match du championnat joué quelques semaines auparavant. Déçus par cette nouvelle défaite, les supporters de V.club ont rencontré, à la place YMCA, les mécontents du meeting de l’Abako annulé par l’administration coloniale et cette jonction a entraîné des révoltes populaires et sociales spontanées, appelées émeutes du 4 janvier 1959. »

 

Cette révolte populaire va durer trois jours. La répression est très violente. Le bilan officiel est de 49 morts. Mais d’autres sources, notamment celles de l’Abako parlent de centaines de personnes tuées. Cette date a marqué le déclenchement de la conquête de l’indépendance par la classe politique de l’époque, Patrice Emery Lumumba en tête. C’est une année et demie après que le Congo belge accèdera à la souveraineté nationale et internationale. « C’est un jour qui marque une étape décisive dans la conquête de l’indépendance. Le pouvoir colonial a dû prendre conscience que l’indépendance était une aspiration profonde et les gens l’ont manifesté », note à Radio Okapi le père Léon de Saint Moulin, historien belge, professeur émérite et membre du Centre d’études pour l’action sociale (Cepas).

Le sport en RDC, fils pauvre, né de parents riches

Malgré ce chemin parcouru contre vents et marées par la classe politique et la gente sportive, les membres de ces deux groupes n’ont pas été solidaires. Les politiques ont parfois usé de la popularité du sport pour accéder au pouvoir. Une fois aux affaires, les politiciens ne se sont pas investis dans la promotion de cette discipline comme souvent promis lors de leurs campagnes électorales. D’autres politiciens se sont impliqués dans la gestion du sport pour des intérêts soit commerciaux ou à des visées politiques. Des célèbres clubs du pays sont encadrés par des hommes aux affaires dans les plus hautes institutions étatiques, mais pas pour le plaisir de tous. Malgré cette participation des administratifs dans la gestion du football congolais, la RDC, premier pays africain à aller au mondial n’a pas joué cette prestigieuse compétition en plus de trente ans. Le pays est également absent du top 5 des pays sportifs du continent depuis plusieurs années. Par manque d’avenir au sein du domaine sportif congolais, des athlètes nationaux ont préféré vendre leurs talents aux pays étrangers.

Il est temps que le monde sportif congolais tire des leçons de sa sombre histoire caractérisée par la corruption, le clientélisme, le tribalisme, la haine, la jalousie etc. qui a freiné l’émergence de ce secteur porteur d’espoirs surtout pour la jeunesse et l’économie du pays. Il est temps que les personnes spécialisées dans le management sportif et éprises de bonne moralité soient affectées dans la gestion quotidienne et à tous les échelons du pays pour redonner au sport congolais son ancienne gloire.

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